28/07/2014

- 1 - A LA RECHERCHE DE L'AUTEUR - jeu de l'été

 fragment 65

Ce sont des enfants. Seize ans . Echauffés par l'alcool et excités par l'approche du sabbat, ils s'enfoncent dans l'obscurité.
Contrairement à l'habitude, la brise est légère et, pour une fois, tiède, comme un souffle sur la peau., doux et attirant. Dans le ciel d'août, une fine brume masque les étoiles mais la lune, aux trois quarts pleine, parvient tout de même à projeter se lumière fantomatique sur le sable laissé humide par la marée descendante. Avec douceur, la mer va et vient sur la plage. L'écume phosphorescent libère des bulles argentées qui restent accrochées au sable doré . Ils dévalent la route qui descend du village. Le sange leur bat les tempes avec force, comme des vagues s'écrasant au pied d'une falaise.

A leur gauche, dans le port minuscule, la houle fait éclater en morceau le reflet de la lune....

« non » Elle le pousse sur le côté et s'éloigne vers la fenêtre pour y trouver un peu d'air. S'ils se dépêchent, ils peuvent encore être de retour avant minuit.
Elle perçoit alors une présence, molle, froide et lourde et, au même instant, elle voit une forme noire émerger de l'obscurité. Elle laisse échapper un cri.

« nom de Dieu, Ceit ! » Uilleam s'approche d'elle. De la frustration se mêle maintenant à son désir et à son angoisse. Soudain, ses pieds se dérobent comme s'il venait de marcher sur de la glace. Il tombe et son coude encaisse tout le choc. La douleur lui transperce le bras. « Merde ! ». Le sol est couvert de gasoil. Il sent l'arrière de son pantalon s'en imprégner petit à petit. Il e a sur les mains. Sans réfléchir, il fouille ses poches à la recherche de son briquet. Ce n'est que lorsqu'il fait tourner la molette avec son pouce et que la flamme apparaît qu'il réalise le risque de se transformer en torche vivante. Mais il est trop tard. La lumière jaillit soudainement dans le noir. Il se protège avec les bras . Mais les vapeurs de gasoil ne s'enflamment pas. Rien ne s'embrase. La lueur de la flamme révèle alors un spectacle si ignoble que son esprit a du mal à saisir.
L'homme est pendu par le cou aux poutres de la charpente, une corde effilochée en plastique lui fait pencher la tête d'une étrange manière.....

 fragment 64

Culture souche sumérienne et densité démographique

La primogéniure fut un élément important de la culture sumérienne, capable d'influencer par exemple le mythe central qu'est l'épopée de Gilgamesh. Il a existé une roi Gilgamesh, cinquième de la dynastie d'Uruk, en général datée des années 2700- 2500. L'épopée a mis en forme au début du Iie millénaire des récits sumériens composés vers la fin du IIIe. La multiplication des versions postérieures de ce récit, devenu élément central de la culture d'Akkad ou de l'Assyrie autant que de celle de Sumer, interdit que l'on date précisément sa signification anthropologique. Mais la nature de Gilgamesh, aux deux tiers divine, un tiers humaine, renvoie symboliquement à une culture de la primogéniture, ainsi que le remarquent Raymond-Jacques Tournay et Aaron Shaffe'r dans leur édition de l'épopée. Cette division retrouve l'équilibre 2/3-1/3 qui résulte fréquemment de la double part de l'aîné.
Dans le cas de Sumer nous pouvons sans risque faire l'hypothèse d'un rapport entre primogéniture et pression démographique, et imaginer une famille souche s'efforçant, dans un monde plein, d'empêcher la fragmentation des patrimoines. Le cas est rare d'une société formalisant avec une telle clarté une sentiment de surpeuplement. Un texte rédigé tardivement ( vers 1600) en akkadien , mais qui reprenait certainement une thématique ancienne, évoque la multiplication des hommes et la fureur des dieux face au pullulement de leur créature.
« Douze cents ans ne s'étaient pas encore passés,

Que le pays s'étendit, que se multiplia la population

La terre mugissait comme un taureau... »

Cette clameur empêche Enlil de dormir . Pour obtenir le silence, les dieux déchaînent épidémie, sécheresse, pour finir par le déluge que nous retrouvons dans la Bible.....

................

la sainte trinité leplaysienne

Rappelons tout d'abord dans leurs grands traits ce que sont les trois types familiaux leplaysiens en examinant les trois cycles de développement du groupe domestique qui leur correspondent. Partant chaque fois d'un couple marié, nous lui ferons produire, sans souci des aléas démographiques, tous les enfants, garçons et filles, nécessaires à la réalisation du modèle.

  1. Famille instable (nucléaire) : un couple produit des enfants. Lorsqu'ils se marient , ceux-ci doivent fonder des ménages indépendants. A la mort des parents, l'héritage est divisé entre tous les enfants avec un grand souci , pour ne pas dire une obsession, de l'égalité. Le ménage est donc toujours nucléaire, ne comprenant qu'un cuple avec ou sans enfants. Il n'associe jamais plus de deux générations, et ne combine jamais deux couples mariés.
    2. Famille souche : un couple produit des enfants. Lorsqu'ils arrivent à l'âge adulte, l'un d'entre eux est désigné comme successeur unique.Le plus souvent c'est l'aîné des garçons, en vertu du principe de primogéniture masculine. Mais ce peut être le dernier-né en cas d'ultimo-géniture, ou une garçon librement choisi ou une fille. Le principe de l'aînesse absolue fait de l'aîné, garçon ou fille, le successeur. L'héritier doit corésider avec ses parents et l'on assiste, lorsqu'il a des enfants, à l'apparition de ménages comportant trois générations. Tant que les deux membres du couple initial survivent, on observe donc deux couples mariés dans le même ménage.

    3. famille patriarcale (communautaire) : un couple marié a des enfants. Quand arrive le moment du mariage, tous les garçons restent, intégrant leurs épouses au ménage de leurs parents, tandis que les filles doivent émigrer pour rejoindre le ménage de leur mari. La mort du père est suivie, soit immédiatement, soit au bour d'une phase transitoire, de la séparation des frères, qui partagent l'héritage de façon égalitaire. Ce cycle de développement peut faire apparaître des ménages à trois générations lorsque les fils ont des enfants, et agréger plus de deux couples, par exemple un couple de parents et deux couples formés par les fils mariés.

    Le passage de la famille nucléaire à la famille souche, puis à la famille communautaire évoque une échelle croissante de complexité....

 

 fragment 63

morlaix« c'est un drôle de bataillon, sergent Kummel, m'expliqua le sergent-chef Tetrick le matin de mon arrivée aux Philippines, à la fin de l'été 1962. Insolite. Différent. C'est une unité réduite, moins de soixante-dix hommes. On devrait théoriquement bien turbiner, mais ce n'est pas le cas. Le travail est trop facile, ces gamins en ont marre, et quand ils n'en ont pas marre, ils en ont ras le bol . Ou bien ils ont les entrailles en compote, ou bien ils prennent leurs jambes à leur cou dès qu'on parle d'emploi du temps, et ils n'arrivent pas à roupiller correctement ». Tetrick se leva , et s'approcha d'une démarche traînante du planning du groupe. Il avait encore les pieds sensibles, suite au jungle rot qu'il avait contracté en Birmanie pendant la guerre. Il prenait soin de ne pas poser les arpions par terre plus fort qu'il ne fallait. Il m'expliqua que le 721è détachement des transmissions se composait d'une section opérationnelle , et d'un QG réduit, pour le service de l'ordinaire et les ervices administratifs, l'essentiel de l'administration et du personnel étant affecté à Okinawa....

notes rassemblées en vue d'un récit inachevé

Le tableau noir installé derrière Saunders annonçait en lettres de petite taille mais néanmoins explicites : top secret. On nous rappela verbalement ce que cela signifiait, puis il commença.
Pour le 721e détachement de transmission, il s'agissait ni plus ni moins du Vietnam....

on s'envola de nuit pour Saïgon, on nous déchargea dans un hangar vide avec tout le matériel, y compris quatre camionnettes... vint à nouveau le moment d'y aller. On nous entassa dans des camions remplis de sacs de sable, puis les bâches furent ficelées, et on se retrouva enfermés dans notre propre puanteur.....

la colline 527 , tout comme sa soeur jumelle, la 538 se révélèrent non pas des éminences vertigineuses mais des coteaux assez hauts, flanqués d'une immense clairière plane et herbeuse, grignotée par une forêt luxuriante....

Sensiblement au même moment que l'explosion de mortier, deux fusées de Bengale soufflèrent les barrières internes et externes, l'une du côté de l'accès Est, l'autre dans les parages du bunker de la M-60, à hauteur du point Est du triangle. Des VC avaient fait sauter les grillages internes avec la complicité de sympathisants au sein de la milice, environ une trentaine. Les tirs de mortiers étaient ininterrompus, pilonnant l'enceinte, tandis que des rafales serrées, tirées par de simples fusils et trois armes automatiques de l'orée de la forêt, harcelèrent le haut de la colline, à l'est et au nord. Les M-60 répondirent rapidement, bien que celle du sommet Est cessât presque aussitôt......

j'avais pour mission d'inspecter les morts dans le camp VC, mais je me dirigeai vers la camionnette d'où Morning était sorti, Morning dont on déblayait précisément le corps ( je savais qu'il était mort), puis entrai dans la camionnette. Huit types inextricablement emmêlés, trois qui m'étaient familiers, quatre nouvelles recrues dont je ne voulais pas connaître le nom, et un Viet-cong, un homme de petite taille terriblement âgé assis dans le coin......

 fragment 62

morlaixLe Freud que je lisais pour ma gouverne était donc aussi le Freud conseillé par l'Education nationale de la République française qui considère en effet que cet auteur fait partie du patrimoine mondial de la philosophie , choisi pour cela parmi des milliers de noms répartis sur vingt-cinq siècles de pensée. Comment ne pas y voir alors une garantie d'excellence ?
Dans la liste des livres à lire, notre professeur signalait : la république de Platon, le Discours de la méthode de Descartes, le contrat social et le Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes de Rousseau, les Fondements de la métaphysique des moeurs de Kant, et Totem et tabou puis l'Introduction à la psychanalyse de Freud. Plus près de nous, la formation de l'esprit scientifique de Bachelard. Première leçon de la classe de philosophie : Freud est un philosophe, comme Platon, Descartes ou Rousseau.....

J'ai donc souscrit à ce que j'appellerai les cartes postales freudiennes. Qu'est-ce qu'une carte postale en philosophie ? Un cliché obtenu par simplification outrancière, une icône apparentée à une image pieuse, une photographie simple, efficace, qui se propose de dire la vérité d'un lieu ou d'un moment à partir d'une mise en scène, d'un découpage, d'un cadrage arbitrairement effectué dans une réalité vivante mutilée....

Quelles sont ces cartes postales freudiennes ? J'effectue un choix de dix exemplaires pour ce présentoir, mais je pourrais constituer une plus grande liste.
Carte postale n°1.
Freud a découvert l'inconscient tout seul à l'aide d'une auo-analyse extrêmement audacieuse et courageuse.

Carte postale n°2.
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pour ma part, j'ai regardé dans la lunette freudienne avec, a priori, le dessein d'y découvrir ce que Freud affirme qu'on y trouve. Je n'y allais pas avec un préjugé défavorable, on l'aura vu : j'ai souscrit assez longtemps à la parole performative de Freud... En revanche, j'ai vu assez de choses dans l'oeilleton pour me permettre de déchirer les cartes postales punaisées si longtemps à mon mur..........

 

 

 


 

morlaixOnce upon a time you dressed so fine

You threw the bums a dime in your prime, didn't you ?

People'd call, say »Beware doll, you're bound to fall »

You thought they were all kiddin'you

You used to laugh about

Everybody that was hangin' out

Now you don't talk so loud

Now you don't sem so proud

About having to be scrounging for your next meal.

How does it feel

How does it feel

To be without a home

Like a complete unknown

Like a rolling stone ?

 

morlaixLes nouvelles couleurs du sex-appeal spectral

Le « Sex-appeal » sera spectral.

Je suis fier d'avoir en 1928, en pleine apogée de l'anatomie fonctionnaliste et pratique, prédit, au milieu du plus moqueur des scepticismes, l'imminence des muscles ronds et salivaires, terriblement gluants d'arrière-pensées biologiques, de Mae West. Aujourd'hui, j'annonce que toute la nouvelle attirance sexuelle des femmes viendra de la possible utilisation de leurs capacités et ressources spectrales, c'est-à-dire de leur possible dissociation, décomposition charnelles, lumineuses. Le spectre irrisé s'oppose au fantôme ( représenté encore par ce pharmacien nostalgique de ville de province auquel ressemble tellement, désespérément cet autre fantôme prosaïque et diabétique qui s'appelle Greta Garbo)

La femme spectrale sera la femme démontable.

Comment devenir spectrale ?
Anticipations utopiques – La femme deviendra spectrale par la désarticulation et la déformation de son anatomie. Le « corps démontable » est l'aspiration et la vérification de l'exhibitionnisme féminin, lequel deviendra furieusement analytique, permettant de montrer chaque pièce séparément, d'isoler, pour les donner à manger à part, des anatomies montées sur griffes, atmosphériques et spectrales comme celle montée sur griffes et spectrale de la mante religieuse. Cela se réalisera grâce au perfectionnement pervers des prochains costumes aérodynamiques et de la gymnastique irrationnelle. Les corsets de toutes sortes seront justement réactualisés à des fins extra-fines, de nouvelles et incommodes pièces anatomiques artificielles seront employées pour accentuer le sentiment atmosphérique d'un sein, d'une fesse ou d'un talon ( de faux seins extrêmement doux et bien moulés quoique légèrement tombants et naissant dans le dos, seront indispensables pour la tenue de ville) Le sourire spectral sera provoqué artificiellement par les fibres métalliques vibratoires des chapeaux. Mais le modèle incontestable, l'antécédent sensationnel des costumes spectraux sera toujours, jusqu'à nouvel ordre, celui de Napoléon ; je tiens surtout à attirer l'attention sur les pantalons bons(bons à manger) de Napoléon, qui rendent évidents et suaves les volumes superfins, tendres et confondus que vous connaissez aussi bien que moi, et cela , grâce aux facteurs : abdomen et cuisses, « démontables » qui sot à part, isolés, atmosphériques et spectraux, superfinement blancs, encadrés dans le noir et l'attitude fantomatique de la silhouette du reste du costume ( chapeau compris) de tous également bien connue.

«  les grandes automobiles deviendront sereines »

A travers la luminosité fulgurante et extra-rapide du sex-appeal spectral des écorchées vivantes, le prosaïsme monumental des grandes automobiles, des planches à repasser et des nourrices tendres deviendra fantomatique et serein.

                                                                                                          Salvador DALI

fragment 59

morlaixJusqu'à la révolution, il y avait quatre diocèses en territoire bretonnant : ceux du Léon, de Tréguier, de Cornouaille et -en majeure partie- de Vannes.
Selon certains dénigreurs des langues régionales, les Bretons ne se comprenaient pas d'une région à l'autre. Il y avait effectivement des différences de vocabulaire et surtout de prononciation et d'accentuation. Mais elles n'empêchaient pas tout à fait un Léonard , un Trégorrois et un Cornouaillais de converser, surtout quand ils connaissaient les tendances de l'autre dialecte, comme le faisaient par exemple les marchands et autres itinérants. On s'habitue rapidement à certains changements de voyelle ou de consonne ( selaou, selou, silou, chelou, chilou = entendre), à la transformation de z en h et à des inversions de voyelles ( laez, leaz, lez, laeh, leah, liah = lait). La conversation est bien plus difficile avec les Vannetais : un dixième des mots usuels est sensiblement différent et, sous l'influence des voisins francophones, dans une région où l'immigration bretonne a été moins dense, l'ancienne accentuation sur la fin du mot s'est conservée, ce qui change complètement sa phonétique, jusqu'à réduire ou supprimer l'avant-dernière syllabe, celle-là même sur laquelle les autres mettent l'accent. Depuis un demi-siècle, on s'est appliqué à dépasser les différences, pour tendre vers un breton unifié par divers compromis. Ainsi , le z étant devenu le h en vannetais, les promoteurs de l'orthographe la plus répandue actuellement ont convenu de juxtaposer les deux lettres. D'où le Bzh de nos voitures.

Le léonais est plus complètement articulé ; les autres sont grands dévoreurs de syllabes. Il passe pour la forme la plus pure, la plus proche de l'ancien breton, mais c'est inexact ; c'était seulement le dialecte de la région la plus riche, et de celle où il y avait plus de prêtres, culturellement et linguistiquement influents : elle en fournissait au Trégor et à la Cornouaille, et depuis 1877, le catéchisme unique du diocèse finistérien était rédigé en ce dialecte.

 

fragment 58

morlaixDu plus loin qu'il se souvînt, l'angoisse était présente, changeante, protéiforme – parfois colombe apprivoisée qui se niche au creux de la poitrine et respire faiblement ; tantôt cafard qui ronge, lime ses pattes les unes contre les autres, écrivant une musique aux aigus métalliques ; souvent fleur vénéneuse éclose le soir et fanée qu matin ; toujours livre impénétrable dont les pages de papier bible s'envolent au moindre souffle et desquelles s'échappent, ainsi que des moucherons, des hiéroglyphes en grappes, angoisses illisibles.
Oui, du plus loin qu'il se souvînt, il avait craint que ses angoisses des matins et des soirs ne se réunissent un jour jusqu'à former une boule qui l'étoufferait.
Et dès que sa fille vint au monde, il craignit pour sa vie.
Il avait craint l'accident à la sortie de l'école, l'empoisonnement, la strangulation, la noyade et autres peurs somme toute normales et banales d'un père fou d'amour, mais jamais, il n'aurait imaginé, du fonds du puits de ses terreurs nocturnes,qu'Angeline eût pu disparaître sans laisser de traces.

La mort, en un sens , procure l'apaisement. Ses formalités – l'avis d'obsèques, la tombe, les tiroirs que l'on vide, les vêtements que l'on distribue, les photographies que l'on barre d'un trait noir – tempèrent le chagrin.
Au contraire, dans la tragédie d'une disparition, la diva qui chante la douleur est capable de tenir la note ad vitam aeternam. Et il ne sert à rien de se boucher les oreilles : l'épée chauffée à blanc transperce tout, même la raison.....

 

morlaixQuand il se réveillait dans les bois dans l'obscurité et le froid de la nuit il tendait la main pour toucher l'enfant qui dormait à son côté. Les nuits obscures au-delà de l'obscur et les jours chaque jour plus gris que celui d'avant. Comme l'assaut d'on ne sait quel glaucome froid assombrissant le monde sous sa taie. A chaque précieuse respiration sa main se soulevait et retombait doucement. Il repoussa la bâche en plastique et se souleva dans les vêtements et les couvertures empuantis et regarda vers l'est en quête d'une lumière mais il n'y an avait pas. Dans le rêve dont il venait de s'éveiller il errait dans une caverne où l'enfant le guidait par la main. La lueur de leur lanterne miroitait sur les parois de calcite mouillées. Ils étaient là tous deux pareils aux vagabonds de la fable, engloutis et perdus dans les entrailles d'une bête de granit. De profondes cannelures de pierre où l'eau tombait goutte à goutte chantait. Marquant dans le silence les minutes de la terre et ses heures et ses jours et les années sans s'interrompre jamais. Jusqu'à ce qu'ils arrivent dans une vaste salle de pierre où il y avait un lac noir et antique. Et sur la rive d'en face une créature qui levait sa gueule ruisselante au-dessus de la vasque de travertin et regardait fixement dans la lumière avec des yeux morts blancs et aveugles comme des oeufs d'araignée.Elle balançait la tête au ras de l'eau comme pour capter l'odeur de ce qu'elle ne pouvait pas voir. Accroupie là, pâle et nue et transparente, l'ombre de ses os d'albâtre projetée derrière elle sur les rochers. Ses intestins, son coeur battant. Le cerveau qui pulsait dans une cloche de verre mat. Elle secoua la tête de gauche à droite et de droite à gauche puis elle émit un gémissement sourd et se tourna et s'éloigna en titubant et partit à petits bonds silencieux dans l'obscurité.....

fragment 56

morlaixProfitant d'un moment où plus personne enfin ne faisait plus attention à elle, la belle jeune femme, faussant compagnie à ses parents et à leurs amis, quitta la salle de séjour. Elle traversa la véranda fermée par un fin grillage, passa sur la terrasse et, pieds nus, marcha doucement sur les aiguilles de pin devant la tentaculaire construction en rondins pour descendre ves les plaques rocheuses bien découpées qui bordaient le lac....

Après avoir coupé le moteur, le pilote se mit debout dans le cockpit , ôta complètement ses lunettes et promena son regard d'un bout à l'autre du lac devenu bleu ardoise, enregistrant rapidement, dans la quasi-pénombre, ses dimensions et la découpe du littoral. Il avait pensé arriver plus tôt mais avait commis l'erreur de passer à son atelier après son petit-déjeuner, et lorsqu'il avait de nouveau regardé sa montre il était presque quatre heures et demie. Alicia avait eu raison : c'était un jour férié, et il aurait dû s'autoriser à oublier la politique pour profiter de cette fête comme tout le monde en Amérique, descendre à la rivière avec elle et les garçons pour un pique-nique du 4 juillet et puis, au moment où ils auraient commencé la sieste, il aurait fait un saut jusqu'à la Réserve dans son avion,...Une crise cardiaque, je suppose. Mais quand ils sont arrivés à la maison, il avait déjà passé l'arme à gauche. La fille, la comtesse Machin Chouette, ils l'ont retrouvée juste après avoir transporté le vieux depuis sa campagne. Elle était en train de rentrer à pied depuis le club-house.....

  • Vanessa ! Dit sa mère. Qu'est-ce que tu fais ?

Vanessa passa un bas en nylon autour de la bouche de sa mère et le noua. « je t'avais dit « pas un mot » ! » Evelyn Cole secoua la tête de gauche à droite comme un cheval qui tente de recracher le mors......

Les nouveaux aviateurs américains volèrent en formation d'entraînement à Los Alcazares deux fois par jour pendant une semaine. Le reste du temps ils jouaient à lancer des pièces de monnaie avec leurs mécaniciens espagnols : ils jouaient avec des pièces de cinq pesetas, aussi grosses que des dollars en argent.

 

 fragment 54

morlaixDe ce voyage inédit derrière la façade du patronat français, se dégagent quelques traits saillants qui méritent d'êtres soulignés. Un premier constat s'impose : le fonctionnement de l'économie, et singulièrement celui du capitalisme moderne industriel hérité du XIXè siècle, repose le plus souvent sur la triche..., en résumé, le simple et habile contournement de la loi. Dans tous les cas, l'essentiel est de ne pas se faire prendre....

Ce qui conduit au deuxième constat : la proximité quasi permanente de ce capitalisme avec le monde politique, y compris ses franges les plus interlopes. Sait-on que les réseaux du CNPF ont permis de recycler toute une génération de « jeunes loups » ambitieux issus de l'extrême droite ?

Troisième constat : le patronat français n'a jamais cessé d'organiser son pouvoir d'influence pour imposer ses vues et s'ouvrir des perspectives de profit. Sait-on aujourd'hui que la guerre d'Indochine a servi de creuset idéologique aux services de communication patronaux, des acteurs incontournables de la vie économique d'aujourd'hui ?....

Aujourd'hui, à l'heure où certains redécouvrent avec cynisme ou pragmatisme les vertus du keynésianisme, les multinationales ne se sont jamais autant affranchies des lois : chambres de compensation financières, paradis fiscaux, places off-shore....

Avec la guerre et l'Occupation, le patronat français n'a pas écrit les pages les plus glorieuses de son histoire : la plupart de ses membres ont composé avec le régime de Vichy et l'occupant allemand . Parmi les rares exceptions, une poignée de polytechniciens, dont quelques-uns sont morts en déportation, ainsi qu'un nombre infime de grands financiers comme André Debray.... « Je n'ai vu aucun de vous , Messieurs, à Londres.... Ma foi, après tout, vous n'êtes pas en prison » aurait lancé le général de Gaulle à la Commission de représentation patronale, l'embryon du CNPF , le 4 octobre 1944................

 

morlaix..

Car l'armée se retirait déjà derrière la Lys et, de là, vers la côte . Pas toute entière, cependant. Le soir du 28, le Général Prioux nous fit savoir que, désespérant d'assurer la retraite de deux au moins de ses divisions, il avait décidé de rester lui-même à Steewerk et d'y attendre l'ennemi. Ne retenant à ses côtés que quelques officiers, il invitait la plupart d'entre nous à gagner, dans la nuit, le littoral, afin de nous embarquer. J'allai le trouver, peu après, pour me faire confirmer l'ordre de vider, mettre hors d'usage et abandonner les camions-citernes. C'était priver l'armée de ses dernières gouttes d'essence et je ne pouvais prendre sur moi une résolution si grave, bien qu'elle découlât clairement des autres dispositions du moment.......

un remède existe, il est vrai, simple et bien connu.Il suffit d'établir, par fractions, un va-et-vient entre les deux groupes d'officiers. Mais les grands chefs n'aiment guère changer de collaborateurs. On se souvient qu'en 1915 et 1916, leurs répugnances à s'y résigner avaient abouti à un véritable divorce entre le champ de vision des combattants et celui des états-majors....

beaucoup d'erreurs diverses, dont les effets s'accumulèrent, ont mené nos armées aux désastres. Une grande carence cependant les domine toutes. Nos chefs ou ceux qui agissaient en leur nom n'ont pas su penser cette guerre. En d'autres termes, le triomphe des Allemands fut, essentiellement, une victoire intellectuelle et c'est peut-être là ce qu'il y a eu de plus grave..... Les Allemands ont fait une guerre d'aujourd'hui, sous le signe de la vitesse. Nous n'avons pas seulement tenté de faire, pour notre part, une guerre de la veille ou de l'avant-veille.... Il serait certainement peu équitable de borner aux échelons supérieurs les observations qui précèdent. Les exécutants n'ont pas, à l'ordinaire, beaucoup mieux réussi à accorder leurs prévisions ni leurs gestes à la vitesse allemande. Les deux carences étaient, d'ailleurs, étroitement liées. Non seulement la transmission des renseignements s'opérait fort mal, tant de bas en haut que de haut en bas ; les officiers de troupe avec , pour la plupart, moins de subtilité de doctrine , avaient été formés à la même école, en somme, que leurs camarades des états-majors. Tout au long de la campagne, les Allemands conservèrent la fâcheuse habitude d'apparaître là où ils n'auraient pas dû être. Ils ne jouaient pas le jeu.... ;

Aussi bien, quand on se fut avisé, dès les premiers échecs, que peut-être notre haut commandement n'était pas sans reproches, à quel sang jeune et frais demanda-t-on les moyens de lui rendre quelque force ? A la tête des armées, on plaça le chef d'état-major d'un des généralissimes de l'ancienne guerre ; comme conseiller technique du gouvernement, on fit choix d'un autre de ces généralissimes ; le premier d'ailleurs ancien vice-président du Conseil supérieur ; le second qui, vers le même temps, avait été ministre de la Guerre ; tous deux par suite, à ces titres divers, responsables, pour une large part, des méthodes dont les vices éclataient à tous les yeux....A vrai dire, une très récent général de brigade fut bien appelé aux conseils du gouvernement. Qu'y fit-il ? Je ne sais. Je crains fort, cependant , que, devant tant de constellations, ses deux pauvres petites étoiles n'aient pas pesé bien lourd.....

Il faut avoir le courage de le dire . Cette faiblesse collective n'a peut-être été souvent, que la somme de beaucoup de faiblesses individuelles. Des fonctionnaires ont fui, sans ordre. Des ordres de départ ont été prématurément donnés. Il y eut, à travers le pays, une folie de l'exode....

La meilleure serait sans doute que leurs adversaires, à l'autre extrémité de l'échelle des opinions, ne fussent pas moins déraisonnables. Refuser les crédits militaires et, le lendemain, réclamer des « canons pour l'Espagne » ; prêcher, d'abord, l'antipatriotisme ; l'année suivante, prôner la formation d'un »front des Français » ; puis enfin de compte, se dérober soi-même au devoir de servir et inviter les foules à s'y soustraire ; dans ces zigzags , sans grâce, reconnaissons la courbe que décrivirent, sous nos yeux émerveillés, les danseurs sur corde raide du communisme....

Ce n'est pas aux hommes de mon âge qu'il appartiendra de reconstruire la patrie. La France de la défaite aura eu un gouvernement de vieillards. Cela est tout naturel. La France d'un nouveau printemps devra être la chose des jeunes. Sur leurs aînés de l'ancienne guerre, ils posséderont le triste privilège de ne pas avoir à se garer de la paresse de la victoire.....

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morlaixJe naquis à Paris,en 1910. Mon père, homme d'humeur égale et insouciante, était une macédoine de gènes de races diverses : citoyen suisse lui-même, mais d'ascendance mi-française, mi-autrichienne,avec un soupçon de Danube dans les veines. Nous allons faire passer dans un instant de jolies cartes postales glacées aux vastes horizons bleutés. Il possédait un palace sur la Riviera. Son père et ses deux grands-pères avaient été, dans l'ordre, négociants en vins, en bijoux et en soieries. A trente ans, il épousé une jeune anglaise , fille de Jerone Dunn, l'alpiniste, et petite-fille de deux clergymen du Dorset, experts l'un et l'autre en d'obscures matières, la paléopédologie et les harpes éoliennes, respectivement.Ma mère, femme très photogénique, mourut de la façon la plus absurde ( un pique-nique, la foudre) alors que j'avais trois ans et, hormis une nuée de chaleur dans le passé, elle ne laissa aucune trace parmi le chemin creux du souvenir,....

J'avais beau me dire que je ne voulais à mes côtés qu'une présence lénitive, un pot-au-feu sublimé, un postiche animé, ce qui me séduisit réellement en Valérie fut l'imitation qu'elle donnait d'une petite fille. Non pas qu'elle eût deviné mes inclinations : c'était son genre – et je mordis à l'hameçon. En fait, elle avait largement dépassé le cap des vingt ans (je ne pus jamais déterminer son âge exact, car même son passeport mentait) et avait égaré sa virginité dans des circonstances qui variaient avec ses humeurs mnésiques. Quant à moi, j'étais candide comme seul un pervers peut l'être. Elle avait l'air espiègle et froufroutante, s'habillait à la gamine, exhibait sans lésiner ses jambes polies, s'entendait à rehausser avec des mules de velours noir la blancheur de ses cous-de-pied nus, et elle était toute fossettes et moues puériles, toute gambades et voltes de dinde, et secouait ses courtes mèches blondes avec une grâce mutine dont la banalité me sidérait.........
...

Le rapide de cinq heures

morlaixIls allaient, ils allaient toujours et lorsque cessait le chant funèbre, on croyait entendre, continuant sur leur lancée, chanter les jambes, les chevaux et le souffle du vent.
Les passants s'écartaient pour laisser passer le cortège, comptaient les couronnes, se signaient. Les curieux se joignaient à la procession, demandaient : « Qui enterre-t-on ? »On leur répondait : « Jivago. - Ah bon. Il fallait le dire – Mais non, pas lui. Elle- 9a revient au même, Dieu ait son âme . C'est un bel enterrement.3
Les derniers instants s'égrenèrent rapidement- instants comptés, instants sans retour. « La terre du Seigneur et tout ce qu'elle recèle, l'univers et tous ses vivants. » Le prêtre, traçant de la main un signe de croix, jeta une poignée de terre sur Maria Nikolaïeva. On entonna Avec les esprits des justes. Puis ce fut la course. On ferma le cercueil, on le cloua, on le fit descendre. Comme un roulement de tambour, une pluie de mottes s'abattit sur le cercueil qu'on recouvrit en toute hâte, à quatre pelles à la fois . Un monticule s'éleva. Un petit garçon de dix ans grimpa sur le monticule.....

Sans qu'on pût dire pourquoi, on sentait que Strelnikov incarnait la force de la volonté à son plus haut degré. Il était à tel point l'homme qu'il voulait être que tout en lui semblait exemplaire : sa belle tête au port magnifique, la rapidité de sa démarche, ses longues jambes chaussées de grandes bottes qui, même sales, auraient semblé propres, sa vareuse de drap gris, peut-être froissée, mais qui donnait l'impression d'une tunique de toile bien repassée.....

Ils étaient à Varykino depuis douze jours . Rien ne distinguait ce jour-là des précédents. Les loups qu'on avait crus disparus au milieu de la semaine avaient hurlé de la même façon la veille au soir. Les prenant à nouveau pour des chiens, Larissa Fiodorovna , effrayée par ce mauvais présage, avait de nouveau décidé de partir le lendemain....

 

morlaixLe procureur Varga était occupé par le procès Reis qui durait depuis environ un mois et se traînerait encore vraisemblablement au moins deux mois encore, lorsque, par une très douce soirée de mai, après dix heures, mais pas plus tard que minuit, d'après les témoignages et la nécroscopie, on l'assassina. Les témoignages, à la vérité, ne coïncidaient pas exactement avec les résultats de la nécroscopie : le médecin légiste opinait pour situer l'instant du décès plus près de minuit que de dix heurs, tandis que les amis avec lesquels le procureur, homme d'habitudes réglées, passait chaque soir quelques moments et avec lesquels il s'était entretenu ce soir-là, affirmaient qu'à quelques minutes près il les avait laissés à dix heures. Et comme il ne pouvait pas mettre plus de dix minutes pour rentrer à pied chez lui, il restait à combler un vide d'au moins une heure et découvrir où et comment le procureur avait passé cette heure-là.Peut-être ses habitudes étaient-elles moins réglées qu'elles n'apparaissaient d'abord et y avait-il dans ses journées des heures sans programme, des promenades solitaires et sans but ; peut-être même avait-il d'autres habitudes ignorées de sa famille et  de ses amis. De malignes hypothèses furent avancées en secret et chuchotées par la police d'un côté, de l'autre par ses amis ; mais pour en empêcher l'explosion publique, elles furent aussitôt désamorcées par une décision prise au sommet, au cours d'un entretien enter les plus hautes autorités de la Région, condamnant tout soupçon et interdisant toute enquête sur cette heure superflue, comme attentatoires à la mémoire d'une vie qui se reflétait désormais dans les miroirs de toutes les vertus. Bien plus, le procureur ayant été trouvé au pied d'un muret d'où s'échappaient des branches de jasmin, une fluer serrée entre ses doigts, l'évêque dit qu'à l'instant fatal , la fatalité avait pris la forme, petite, mais éloquente d'une vie sans tache, d'une qualité d'âme dont le parfum persistait dans les enceintes judiciaires, au sein même de sa famille et d'ailleurs en tout lieu que le procureur avait coutume de fréquenter, curie épiscopale comprise.

Le voyage

morlaixJ'avais été fait prisonnier par la Milice le 13 décembre 1943. J'avais vingt-quatre ans, peu de jugement, aucune expérience et une propension marquée, encouragée par le régime de ségrégation que m'avaient imposé quatre ans de lois raciales, à vivre ans un monde quasiment irréel, peuplé d'honnêtes figures cartésiennes, d'amitiés masculines sincères et d'amitiés féminines inconsistantes. Je cultivais à part moi un sentiment de révolte abstrait et modéré.
Ce n'était pas sans mal que je m'étais décidé à choisir la route de la montagne et à contribuer à mettre sur pied ce qui, dans mon esprit et dans celui de quelques amis guère plus expérimentés que moi, était censé devenir une bande de partisans affiliés à Giustizia e Liberta. Nous manquions de contacts, d'armes, d'argent, et de l'expérience nécessaire pour nous procurer tout cela ; nous manquions d'hommes capables, et nous étions en revanche envahis par une foule d'individus de tous bords, plus ou moins sincères, qui montaient de la plaine dans l'espoir de trouver auprès de nous une organisation inexistante, des cadres, des armes, ou même un peu de protection, un refuge, un feu où se chauffer, une paire de chaussures....

trois cents miliciens fascistes, partis en pleine nuit pour surprendre un autre groupe de partisans installé dans une vallée voisine, et autrement plus dangereux que le nôtre, firent irruption dans notre refuge à la pâle clarté d'une aube de neige, et m'emmenèrent avec dans la vallée comme suspect....

mais le 21 au matin, on apprit que les juifs partiraient le lendemain. Tous sans exception. Même les enfants. Destination inconnue. Ordre de se préparer pour un voyage de quinze jours. Pour tout juif manquant à l'appel, on fusillerait dix.....

La nuit vint, et avec elle cette évidence : jamais être humain n'eût dû assister, ni survivre, à la vision de ce que fut cette nuit-là. Tous en eurent conscience:aucuns des gardiens , ni italiens ni allemands, n'eut le courage de venir voir à quoi s'occupent les hommes quand ils savent qu'ils vont mourir.....

Ce sont justement les privations, les coups, le froid, la soif qui nous ont empêchés de sombré dans un désespoir sans fond, pendant et après le voyage . Il n'y avait là de notre part ni volonté de vivre ni résignation consciente : rares sont les hommes de cette trempe, et nous n'étions que des specimen d'humanité bien ordinaires.

Les portes s'étaient aussitôt refermées sur nous, mais le train ne s'ébranla que le soir. Nous avions appris notre destination avec soulagement : Auschwitz, un nom alors dénué de signification pour nous ; mais qui devait bien exister quelque part sur la terre.....

Le train roulait lentement, faisant de longues haltes énervantes....
Rares sont les hommes capables d'aller dignement à la mort, et ce ne sont pas toujours ceux auxquels on s'attendrait. Bien peu savent se taire et respecter le silence d'autrui. Notre sommeil agité était souvent interrompu par des querelles futiles et bruyantes, des imprécations, des coups de pied et de poing décochés à l'aveuglette pour protester contre un contact fastidieux et inévitable...

Et brusquement, ce fut le dénouement. La portière s'ouvrit avec fracas : l'obscurité retentit d'ordres hurlés dans une langue étrangère, et de ces aboiements barbares naturels aux Allemands quand ils commandent, et qui semblent libérer une hargne séculaire. Nous découvrîmes un large quai, éclairé par des projecteurs. Un peu plus loin , une file de camions..............

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morlaixLa faim. C'est à cause de la faim que nous sommes partis. Et pour quelle autre raison, je vous le demande ? Sans la faim, nous serions restés là-haut. C'était notre village. Pourquoi l'aurions nous quitté , Nous y avions toujours vécu et toute notre famille y habitait. Nous connaissions le moindre de ses recoins et la moindre pensée de nos voisins. La moindre plante. Jamais nous ne serions venus autrement.
Nous avons été chassés, voilà la vérité. A coups de manche à balai. Par le comte Zorzi Vila. Il nous a dépouillé. Il nous a volés. Nos bêtes. Nos boeufs . Des vaches au pis énormes......

Qu'est-ce que vous racontez ? Pourquoi ils n'y sont pas allés en train ? Voyons ! Si nous avions de quoi payer le train, nous aurions eu aussi de quoi payer le patron, c'était le quota 90 , je vous l'ai dit et il n'y avait pas un sou pour le payer en or. Nous avions des sacs bourrés de blé, mais pas une lire en poche, parce que le blé non plus ne valait rien ; avec le quota 90, on en achetait autant qu'on voulait à l'étranger. Cette fois, le Duce a tué l'agriculture italienne. Pas l'industrie. Mais l'agriculture, il l'a tuée.

Quoi qu'il en soit, ils sont partis et, à force de pédaler, ils sont arrivés à Rome. Cela leur a pris cinq ou six jours – je ne men souviens pas bien – sans doute au rythme d'une centaine de kilomètres par jour : rien à voir avec le Tour d'Italie maintenant, où les coureurs avalent à chaque étape entre deux cent cinquante et trois cents kilomètres de moyenne  grâce à l'EPO....

Les anciens Latins, puis les Romains, avaient déjà tenté d'assécher ces marais, et après eux les papes, Léonard de Vinci, Napoléon, Garibaldi. Mais le marais l'avait toujours emporté. Les voyageurs des XVIIIe et XIX siècles – Goethe, Stendhal, Madame de Staêl – racontent à l'Europe entière la désolation et la mort des marais Pontins. Or , voilà qu'arrivent le Duce et Rossoni, qu'ils décident de creuser le Canal Mussolini, et là où avaient échoué Jules César , pie VI et Napoléon , ils assèchent en un tour de main.
C'est le canal Mussoilini qui donne naissance à l'Agro Pontin et c'est parce qu'il n'existait pas que les autres tentatives ont échoué......

Juste après le 8 septembre – jour où le roi et Badoglio avaient dit « Personne ne bouge ! Armistice ! Nous autres ons'tire », branché le tourne-disque à la radio , et pris leurs jambes à leur cou – les Allemands s'étaient empressés, à juste titre selon eux, de libérer le duce prisonnier de Badoglio sur le Gran Sasso, l'avaient conduit en Allemagne où l'attendaient Pavolini et les hiérarques les plus furibards et lui avaient demandé de mettre sur pied un nouveau parti ainsi qu'un nouveau gouvernement. Le 16 septembre, un speaker avait pu annoncer depuis Radio Munich la naissance d'une république dans les territoires encore contrôlés par les Allemands – la RSI, République sociale italienne ou république de Salo – et la reprise de la guerre aux côtés de l'allié germanique. A présent, nous avions deux gouvernements : l'un au sud – celui du roi- allié et aux ordres des Anglo-Américains, l'autre au nord aux ordres des Allemands.....

 

 

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morlaixUne nuit, alors que j'avais neuf ans, je me suis rendu compte d'une grande agitation dans la maison. Mon père , qui rendait visite tour à tour à ses épouses et qui, en général, passait chez nous une semaine par mois, venait d'arriver... je le trouvai dans la hutte de ma mère, allongé par terre sur le dos, au milieu de ce qui semblait être une quinte de toux sans fin.... »Apporte-moi mon tabac », lui dit-il. Ma mère et Nodayimani se concertèrent et décidèrent qu'il n'était pas prudent de lui donner son tabac dans cet état. Mais il continua à le réclamer et finalement Nodayimani lui bourra sa pipe, l'alluma et la lui donna. Mon père fuma et se calma. Il fuma pendant une heure environ, puis, alors que sa pipe était encore allumée, il mourut.............

Je ne savais pas encore que la véritable histoire de notre pays ne se trouvait pas dans les livres britanniques qui affirmaient que l'Afrique du Sud commençait avec l'arrivée de Jan Van Riebececk au cap de Bonne-Espérance en 1652. Grâce au chef Joyi, j'ai commencé à découvrir que l'histoire des peuples de langue bantoue commençait bien plus au nord, dans un pays de lacs, de plaines et de vallées vertes, at que lentement, au cours des millénaires, nous avions descendu jusqu'à la pointé extrême de ce grand continent. Pourtant, j'ai découvert plus tard que les récits que faisait le chef Joyi de l'histoire africaine manquaient parfois de précision.........

je suis incapable d'indiquer exactement le moment où je suis devenu politisé, le moment où j'ai su que je consacrerais ma vie à la lutte de libération. Etre africain en Afrique du Sud signifie qu'on est politisé à l'instant de sa naissance , qu'on le sache ou non. Un enfant africain naît dans un hôpital réservé aux Africains, il rentre chez lui dans un bus réservé aux Africains, il vit dans un quartier réservé aux Africains, et il va dans une école réservée aux Africains, si toutefois il va à l'école.....

le matin du 5 décembre 1956, juste après l'aube, des coups violents à ma porte m'ont réveillé. Aucun voisin ni aucun ami n'avait jamais frappé de façon aussi péremptoire et j'ai su immédiatement qu'il s'agissait de la police de sécurité. Je me suis habillé en vitesse et j'ai trouvé le commissaire Rousseau, un visage connu dans notre quartier, et deux policiers.

Dans les premières années, l'isolement est devenu une habitude. Pour les plus petites infractions, nous avions un « rapport » et on nous condamnait à l'isolement. Un homme pouvait être privé de repas pour un regard ou être condamné pour ne pas s'être levé à l'entrée d'un gardien....
Les autorités désiraient tant régler le problème de ces jeunes lions qu'elles nous laissèrent plus ou moins nous débrouiller tout seuls. Nous étions dans la seconde année de la grève de lenteur à la carrière pour demander la fin du travail manuel. Nous réclamions le droit d'occuper nos journées à quelque chose d'utile, étudier ou apprendre un métier....

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morlaixMoi qui porte le nom de José Antonnio Maria Vaz, j'attends la fin du monde debout sur un toit en terre rouge brûlée par le soleil. La nuit sous le ciel étoilé des tropiques est suffocante et humide. Je suis sale et fiévreux. Mes vêtements en lambeaux semblent vouloir se détacher de mon corps décharné. J'ai de la farine dans mes poches et elle est pour moi plus précieuse que l'or. Il y a un an, j'étais encore quelqu'un, j'étais boulanger, alors qu'à présent je ne suis plus personne. Je ne suis plus qu'un mendiant....

Je veux fonder un théâtre, répondit-elle sans hésitation.
Le président essaya de la convaincre qu'il y avait des tâches dont la portée révolutionnaire était bien plus importante, mais en vain. Rien ne la fit changer d'avis. Il promulgua alors un décret, confirmé ultérieurement par le ministre de la Culture, qui nomma Dona Esmeralda responsable de l'unique théâtre de la ville.
Et ce fut le début de la nouvelle ère.
Dona Esmeralda était tellement préoccupée par son changement d'existence qu'elle ne s'aperçut pas que les statues, si chèrement acquises par son père lors de la chute des différentes dictatures, étaient à nouveau renversées puis transportées dans une vieille forteresse où elles étaient livrées à l'oubli ou fondues. La ville, qui jusqu'alors avait porté l'empreinte de sa famille réinventée, se modifia sans qu'elle le remarquât. Dona Esmeralda elle-même consacra tout son temps à son théâtre sombre et délabré, si longtemps laissé à l'abandon. C'était un véritable bourbier : la puanteur y était insupportable et les rats, gros comme les chats, régnaient en maître sur la scène où pourrissaient les vieux décors.....

Nelio longeait la mer . Chaque soir il repérait une dune derrière laquelle il pouvait s'installer pour la nuit. A l'aube, il enlevait sa culotte pour se laver comme il avait vu Yabu Bata le faire. Quand il avait faim, il s'arrêtait pour aider les pêcheurs à tirer leurs bateaux hors de l'eau et nettoyer leurs filets. En remerciement, ils lui offraient à manger et, une fois rassasié, il reprenait la route.....

Le soleil était tout près de mon âme le dernier jour où Nelio était encore en vie. Quand je vidais mes poumons , l'air s'embrasait pour retomber ensuite sur le pavé comme des cendres noires. Jamais, ni avant ni après, je n'ai connu une chaleur aussi intense.....

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J

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morlaixFace à l'amas des mémoires

« Une nation....est un groupe de personne unies par une erreur commune sur leurs ancêtres et une aversion commune envers leurs voisins » Karl W. Deutsch

 Les échos de l'ironie et de la tristesse inextricablement mêlés, constituent la petite musique de fond d'un récit critique qui se penche sur les sources historiques et sur la praxis de la politique des identités en Israël.....

Flavius Josèphe écrivit ses Antiquités judaïques à la fin du 1er siècle après J-C.. On peut sans aucun doute considérer ce livre comme le premier dans lequel un auteur, célèbre par ailleurs, tenta de reconstituer l'histoire globale des juifs, ou plus précisément des Judéens, depuis les « débuts » jusqu'à sa propre époque.

Juif hellénistique croyant et , selon son propre témoignage, fier de sa « descendance sacerdotale privilégiée », il commença son essai par les mots suivants : « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. Celle-ci n'était pas visible ; elle était cachée sous des ténèbres profondes et un souffle d'en haut courait à sa surface..... Et ce jour devait être le premier, mais Moïse employa le terme 'un jour' ».....
La représentation du judaïsme sous les traits d'une caste repliée sur elle-même et ayant confiné sa foi ardente dans l'enceinte de débats talmudiques casuistiques correspond plutôt à la vision chrétienne dominante, dont la contribution à l'élaboration de l'image du juif occidental a été déterminante. Le côté humiliant de cette vison méprisante n'a pas été apprécié par l'historiographie présioniste et sioniste, bien qu'elle lui soit restée entièrement soumise et dévouée. Elle servait l'imaginaire « ethnique » du peuple perçu comme un corps démantelé, inerte et passif tant qu'il n'aurait pas repris racine dans le territoire qui avait été, de toute évidence, son creuset civilisateur et historique....

La conception de la nation comme entité « ethnique » était commune, à des degrés divers, à toutes les branches du mouvement sioniste , et la nouvelle « science » biologique y connut donc un grand succès. L'hérédité constituait, dans une large mesure, une des justifications de la revendication sur la Palestine, cette Judée antique que les sionistes avaient cessé de considérer seulement comme un centre sacré d'où viendrait le salut. Dès lors, par une audacieuse transformation paradigmatique, elle deviendrait la patrie nationale de tous les juifs du monde. Le mythe historique fut donc également à l'origine de l'adoption d'une idéologie « scientifique » appropriée : si les juifs de l'époque moderne n'étaient pas les descendants directs des premiers exilés, comment légitimer leur installation sur la Terre sainte censée être le « pays exclusif d'Israêl » ?.....

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morlaixLa source miraculeuse

Le christianisme domine le monde occidental depuis près de vingt siècles. Est-il possible aujourd'hui d'en désigner le point de départ, ou s'agit-il d'une entreprise aussi vaine que de rechercher le fleuve qui prendrait sa source dans la mer ? …........

la première difficulté, et peut-être la plus grande, est que le poids de la tradition chrétienne, le poids des siècles d'interprétation et d'illustration lestent terriblement notre lecture.

La deuxième difficulté est d'accepter ces écrits sans préjugés, sans oeillères, pour ce qu'ils sont : de la littérature. Trop souvent les chercheurs lisent les textes du Nouveau testament comme sils avaient été écrits par des rédacteurs qui leur ressemblent, des savants, des universitaires disposant de documents et de témoignages recueillis et compilés au fil des ans. Leur réflexion intègre rarement la création littéraire et lorsqu'ils sont amenés à le reconnaître, il y a toujours dans cette découverte comme l'expression d'une défaite.Le sentiment d'être dans une impasse, de devoir avouer un fait honteux et douloureux, comme si la littérature ne pouvait croître que sur le mensonge.....

Tout commence vers l'an 30 – à l'intérieur du judaïsme et sans horizon qu'Israël – et l'essentiel est en place vers 150, quand les chrétiens, accaparant les Ecritures juives, confisquant l'histoire biblique, se revendiquent comme Verus Israêl, le véritable Israël, et dénient aux juifs le droit de s'en prévaloir. La rencontre du christianisme et de l'Empire romain, dont il devient la religion officielle, lui permettra, deux siècles plus tard, de se propager à travers tout l'Occident. Désormais, Dieu et l'Etat ne feront plus qu'un, et les juifs incarneront la figure du Mal.
Quels meilleurs témoins de la rupture entre le christianisme et le judaïsme avons-nous que les vingt-sept livres du Nouveau testament ? …..............

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Quelques connaissances générales sur les paradis.
Rapide descriptif des offres actuellement disponibles

morlaixLes deux majors : les Paradis catholique et musulman

Une PME solide avec un positionnement de niche : le Paradis juif

Des star-up en perpétuel renouvellement : les sectes

«  le Créateur a raté ce monde-ci, pourquoi aurait-il réussi l'autre ? » Paul Morand

Il ne s'agit pas d'être exhaustif et chacun sait que certains Paradis sont accessibles sur les marchés asiatiques comme le bouddhisme, l'hindouisme ou le shintoïsme, mais leurs représentations commerciales dans les pays occidentaux sont nettement insuffisantes et nous ne saurions trop vous mettre en garde contre les problèmes d'après-vente. Le Nirvana hindouiste promet le félicité éternelle où l'individu n'existe plus et s'est fondu dans le « soi cosmique » obtenu en accomplissant assez de bons karmas pour ne plus se réincarner. Le Parinirvana boudhiste (extinction complète ») propose de vous amener à un état d'anéantissement total, de non-existence par la méditation, en éteignant tout désir y compris celui de vivre ou de ne pas vivre, en palliant l'ignorance concernant la nature de l'homme et les trois racines du mal que sont le désir, la haine et l'erreur. Tout cela est bel et bon ! Mais en sommes-nous sûrs ? Restons donc sur des produits solides et « bien de chez nous ». Procédons à une rapide analyse des offres actuellement disponibles dans les pays occidentaux.
Il faut remarquer que la quasi-totalité des religions polythéistes ayant disparu par persécution, conversion ou interdiction, certains Paradis sont désormais inaccessibles après fermeture des dernières représentations commerciales sur terre. Finie donc la promesse du Wallalah ou des champs Elysées emportant par là même certains Enfers !

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morlaixIl était étendu à plat ventre sur les aiguilles de pin, le menton sur ses bras croisés et, très haut au-dessus de sa tête, le vent soufflait dans la cime des arbres. Le flanc de la montagne sur lequel il reposait s'inclinait doucement mais, plus bas, la pente se précipitait, et il apercevait la courbe noire de la route goudronnée qui traversait le col. Un torrent longeait la route et, beaucoup plus bas, en suivant le col, on apercevait une scierie au bord du torrent et la cascade du barrage, blanche dans la lumière de l'été.

« C'est la scierie ? Demanda-t-il.

-Oui

-Je ne me la rappelais pas

-On l'a construite depuis ton départ. L'ancienne scierie est plus bas que le col. »

Il étala par terre sa reproduction photographique de la carte d'état-major et l'examina attentivement. L'autre, un vieil homme petit et robuste, en blouse noire de paysan et pantalon de toile grise, chaussé d'espadrilles, regardait par-dessus l'épaule de son compagnon. Il était essoufflé par l'escalade et sa main reposait sur l'un des deux sacs très pesants qu'ils avaient montés jusque-là.
« Alors, d'ici, on ne voit pas le pont ?

-Non, dit le vieux. Ici, la pente du col est modérée. Le torrent coule doucement. Plus bas, au tournant de la route, derrière les arbres, il dégringole tout d'un coup et il y a une gorge escarpée.....

Robert Jordan était couché près de la jeune fille et il regardait l'heure passer sur son poignet. Elle passait lentement, presque imperceptiblement, car la montre était petite et il ne pouvait pas voir le mouvement de la petite aiguille. Mais, comme il regardait celle des minutes, il s'aperçut qu'il arrivait presque à la suivre, à force d'attention. La tête de la jeune fille était sous son menton, et quand il remuait pour regarder sa montre, il sentait la chevelure courte contre sa joue...

Le lieutenant Berrendo montait en regardant les traces des chevaux : son visage mince était sérieux et grave . Sa mitraillette reposait en travers de sa selle, au creux de son bras gauche. Robert Jordan était couché derrière l'arbre, faisant tous ses efforts pour empêcher ses mains de trembler. Il attendait que l'officier atteignît l'endroit ensoleillé où les premiers pins de la forêt rejoignaient la pente verte de la prairie. Il sentait son coeur battre contre le sol couvert d'aiguilles de pin de la forêt.

 

morlaix21 Mars 1927 – Minuit et demi

Tchen tenterait-il de lever la moustiquaire ? Frapperait-il au travers ? L'angoisse lui tordait l'estomac : il connaissait sa propre fermeté, mais n'était capable en cet instant que d'y songer avec hébétude, fasciné par ce tas de mousseline blanche qui tombait du plafond sur un corps moins visible qu'une ombre, et d'où sortait seulement ce pied à demi incliné par le sommeil, vivant quand même – de la chair d'homme. La seule lumière venait du building voisi : un grand rectangle d'électricité pâle, coupé par les barreaux de la fenêtre dont l'un rayait le lit juste au-dessous du pied comme pour en accentuer le volume et la vie. Quatre ou cinq klaxons grincèrent à la fois. Découvert ? Combattre, combattre des ennemis qui se défendet, des ennemis éveillés !

La vague de vacarme retomba : quelque embarras de voitures ( il y avait encore des embarras de voitures, là-bas, dans le monde des hommes...)Il se retrouva en face de la tâche molle de la mousseline et du rectangle de lumière, immobiles dans cette nuit où le temps n'existait plus.

Il se répétait que cet homme devait mourir. Bêtement : car il savait qu'il le tuerait. Pris ou non, exécuté ou non, peu importait. Rien n'existait que ce pied,cet homme qu'il devait frapper sans qu'il se défendit, - car, s'il se défendait, il appellerait.

Les paupières battantes, Tchen découvrait en lui, jusqu'à la nausée, non le combattant qu'il attendait, mais un sacrificateur. Et pas seulement aux dieux qu'il avait choisis ; sous son sacrifice à..............

 

morlaixComment on brûle le dur ou l'art de voyager sans billet

Sauf accident, un hobo digne de ce nom, pourvu de jeunesse et d'agilité, arrive à se cramponner à un train en dépit de tous les efforts des employés pour le « jeter au fossé : comme de juste, la nuit constitue un facteur essentiel de réussite. Quand un hobo, en de telles conditions, s'est mis dans la tête de « brûler le dur », s'il échoue, son affaire est bonne. A part le meurtre, il n'existe pour les employés aucun moyen infaillible de le débarquer. A la vérité, c'est un article de foi courant, parmi le peuple vagabond, que les équipes des trains n'en sont pas à un assassinat près. Mais je ne puis l'affirmer, n'en ayant pas fait l'expérience.
Lorsqu'un camarade parvient à se glisser sous les tringles qui se trouvent en dessous du châssis et que le train est en marche, il n'existe aucune possibilité de l'en déloger avant l'arrêt. Tranquille, bien abrité sur son boggie, avec autour de lui, les quatre roues et tout le bâti, il dame le pion à l'équipe du train, du moins

Commentaires

Je vous félicite pour votre recherche. c'est un vrai état d'écriture. Développez

Écrit par : serrurier paris 6 | 21/07/2014

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