23/07/2014

- 1 - A LA RECHERCHE DE L'AUTEUR - jeu de l'été

 

fragment 55

C'était la nuit. La vedette X des pompiers quittait le milieu de la rivière pour se diriger vers le quai, lorsque le timonier vit flotter sur l'eau ce qui semblait être un paquet de vieux vêtements. Des ordres furent donnés ; un canot fut mis à l'eau et deux sapeurs munis d'une gaffe et d'un filet parvinrent rapidement à hisser le cadavre à bord. Derrière eux, les lumières du Loop, le centre de Chicago, se réfléchissaient, par taches fragmentées, sur l'eau noire, tandis que, toujours derrière eux mais bien plus haut, se dressaient les grands immeubles de bureaux dont seules les cages d'ascenseur étaient éclairées. Sur leur gauche, le ronronnement de la circulation et la lueur des phares animaient le pont de Wacker Street.
C'était une nuit comme les autres, mais pas pour la morte, réduite à ressembler à un paquet de vieux vêtements.

 fragment 54

De ce voyage inédit derrière la façade du patronat français, se dégagent quelques traits saillants qui méritent d'êtres soulignés. Un premier constat s'impose : le fonctionnement de l'économie, et singulièrement celui du capitalisme moderne industriel hérité du XIXè siècle, repose le plus souvent sur la triche..., en résumé, le simple et habile contournement de la loi. Dans tous les cas, l'essentiel est de ne pas se faire prendre....

Ce qui conduit au deuxième constat : la proximité quasi permanente de ce capitalisme avec le monde politique, y compris ses franges les plus interlopes. Sait-on que les réseaux du CNPF ont permis de recycler toute une génération de « jeunes loups » ambitieux issus de l'extrême droite ?

Troisième constat : le patronat français n'a jamais cessé d'organiser son pouvoir d'influence pour imposer ses vues et s'ouvrir des perspectives de profit. Sait-on aujourd'hui que la guerre d'Indochine a servi de creuset idéologique aux services de communication patronaux, des acteurs incontournables de la vie économique d'aujourd'hui ?....

Aujourd'hui, à l'heure où certains redécouvrent avec cynisme ou pragmatisme les vertus du keynésianisme, les multinationales ne se sont jamais autant affranchies des lois : chambres de compensation financières, paradis fiscaux, places off-shore....

Avec la guerre et l'Occupation, le patronat français n'a pas écrit les pages les plus glorieuses de son histoire : la plupart de ses membres ont composé avec le régime de Vichy et l'occupant allemand . Parmi les rares exceptions, une poignée de polytechniciens, dont quelques-uns sont morts en déportation, ainsi qu'un nombre infime de grands financiers comme André Debray.... « Je n'ai vu aucun de vous , Messieurs, à Londres.... Ma foi, après tout, vous n'êtes pas en prison » aurait lancé le général de Gaulle à la Commission de représentation patronale, l'embryon du CNPF , le 4 octobre 1944................

Médecine du travail : détournement sur ordonnance

En juillet 1937, le Front Populaire crée pour la première fois des médecins-conseils de l'inspection du travail....

Avec une moyenne de 75 euros de cotisation annuelle par salarié, la médecine du travail- rebaptisée « service de santé au travail en juin 2003 » - pesait en 2008 un milliard d'euros.Près de 90% des 6500 médecins du travail dépendaient des services interentreprises à statut associatif qui aiguisaient bien des convoitises...
bien souvent les associations de santé au travail financent la construction de sièges patronaux, avant de devenir locataires de ces mêmes Medef territoriaux domiciliés à la même adresse !....

La très obscure histoire du 1% logement, bétonnière à scandales

A l'issue de la 2nde Guerre Mondiale, la France est à reconstruire. En 1953, pour tenter de résoudre la crise du logement, l 'état crée la « participation des employeurs à l'effort de construction... Le « 1% logement » est né....

La collecte est très vite un succès et les ressources des CIL grossissent d'année en année. Equivalentes à une dizaine de millions d'euros par an dans les premières années, elles représenteront quelques 4 milliards d'euros annuels dans les années 2000...
l'appareil de collecte est d'une complexité décourageante. La base est formée par des dizaines de collecteurs, chacun à la tête de très nombreuses filiales, elles-mêmes actionnaires de sociétés HLM.... L'ensemble représente en 2008 quelque 900 000 logements. Jusqu'en 1982, les instances patronales géraient seules, cette lourde machine. La gauche y a fait entrer les syndicats de salariés mais les hommes clés sont toujours venus du patronat...
Il a souvent été dit que le 1% était la « tirelire » du patronat. Jusqu'à la reprise en main par le CNPF dans les années 1980, cette tirelire est en réalité éclatée. Comme on l'a vu, chaque CIL est une sorte de baronnie où siègent des patrons de la même région. Ils se connaissent tous et élisent à leur tête un de leurs pairs.....

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En matière d'immigration clandestine, l'Etat français est un récidiviste. En 1946, devant la mauvaise volonté du gouvernement italien à laisser filer les ouvriers qualifiés, paris avait donné en secret aux préfets des départements concernés la consigne d'aménager des points de passage à la frontière franco-italienne... Rome est encore échaudée par les souvenirs de l'entre-deux-guerres , quand les milieux patronaux du Sud-ouest ont recruté des villages entiers de la plaine du Pô, curé compris, pour les installer dans le Gers ou le Tarn-et Garonne, dont les travailleurs étaient morts dans les tranchées ( on recensait 40 000 italiens en Aquitaine et Midi-Pyrénées en 1926, 80 000 en 1936)......
En 1967, le gouvernement portugais, devant la poursuite de l'exode qui menace de vider intégralement ses vallées du nord suspend totalement l'émigration organisée. Sollicitée sur la conduite à tenir, l'ambassadeur de France propose de rehausser le montant des allocations familiales dont bénéficient les immigrés portugais au titre de la Sécurité Sociale. A l'époque, ces allocations se négocient entre les états. A nombre d'enfants à charge comparable restés au pays, un Français touche davantage qu'un portugais, qui touche lui-même plus qu'un Algérien. Les entreprises françaises, de leur côté, réclament avec force des mesures en faveurs du regroupement familial. Sans ses proches, avancent-elles, le travailleur risque de craquer ; il va retourner au pays ou bien filer en Allemagne, où les salaires sont plus élevés....

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mars 2009 ….....le mensuel Alternatives Economiques jette un pavé dans la mare.Sous le titre « la fin des paradis fiscaux ? », l'enquête du magazine montre que la totalité des entreprises du CAC 40 ont des filiales dans les paradis fiscaux de la planète. Soit un total de 1 500 filiales off-shore, réparties dans une trentaine de territoires offrant une fiscalité avantageuse : des îles caïmans à Singapour, en passant par l'île Maurice, les Bermudes, Malte, Monaco, la Suisse et, bien sûr , la City de Londres. Sans surprise, les banques arrivent en tête de ce palmarès, elles sont quatre sur les dix premières places . A elles seules, BNP Paribas, le Crédit Agricole, la Banque Populaire et la Société Générale cumulent 451 unités off-shore ! Dans les dix premiers de ce classement, on retrouve également les spécialistes du luxe LVMH et Pinault-Printemps-Redoute, Schneider, france télécom, Lagardère et Danone. Pour certains -Capgemini, Pernod, Axa, unibail,ou dexia - , ces filiales exotiques représentent plus de 20% des sociétés de l'ensemble du groupe. Le constat est accablant, il ne sera démenti par aucune des entreprises concernées, qui gardent un silence prudent sur le sujet. Détail passé inaperçu, quatre groupes sont absents de l'étude, « pour lesquelles les informations ne sont pas disponibles », précise le magazine : Air france-KLM, STMicroelectronics, Total et Vinci.
Alternatives Economiques décrit à grands traits les rouages de cette face noire de l'économie : chaque année, la moitié des flux financiers mondiaux y transitent ; un tiers du stock d'investissements à l'étranger des multinationales se situe dans les paradis fiscaux. Enfin, les journalistes rappellent l'impact social d'un phénomène à l'origine d'un énorme manque à gagner pour les recettes fiscales « évalué à au moins 50 milliards d'euros pour la France seule, soit 10% des rentrées d'impôts.....
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Le jeu dangereux du paritarisme

les indemnités versées par tous ces organismes ne sont jamais énormes, mais mises bout à bout, elles payent des salaires et remplissent l'agenda des permanents. A partir des années 1980, les syndicats jouent le jeu sans retenue, acceptant de siéger partout où le patronat et les pouvoirs publics les convient. Ce « syndicalisme d'appareil » maintient une légitimité érodée par la fonte des effectifs et permet aux confédérations de prospérer. C'est un jeu dangereux. Prises au piège des institutions paritaires, chaque année plus indispensables à leur survie économique, elles en viennent à dépendre financièrement de la bonne volonté du patronat. Les permanents syndicaux se retrouvent dans uns situation intenable : ils doivent négocier, lutter, s'opposer, tout en acceptant les postes très confortablement indemnisés que leur offre le CNPF, puis le MEDEF.....

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Veolia, la pouponnière des élus sans mandat

Aucune entreprise en France n'a su placer ses hommes aux carrefours du pouvoir et choyer les maires, députés et ministres comme le fait Veolia. Avec 320000 salariés dans le monde en 2008 dont 100 000 en France, ce géant sait tout faire ou presque pour les municipalités. Distribution de l'eau, enlèvement des ordures ménagères, chauffage urbain, transports publics par bus, tramway ou bateau, le numéro un mondial des services aux collectivités fait preuve d'un indéniable savoir-faire technique , mais également d'une maîtrise hors du commun des circuits de décision, qu'il s'agisse des longues procédures officielles ou des raccourcis officieux. Il travaille pour 9000 communes françaises, soit une sur quatre. Les élus locaux sont ses interlcoteurs traditionnels et la politique son milieu naturel. Son histoire sinue en permanence à la lisière du public et du privé......

fragment 53

morlaixJe suis juif, par la religion, que je ne pratique point, non plus que nulle autre, du moins par la naissance. Je n'en tire ni orgueil,ni honte, étant, je l'espère, assez bon historien pour n'ignorer point que les prédispositions raciales sont un mythe et la notion même de race pure une absurdité particulièrement flagrante, lorsqu'elle prétend s'appliquer, comme ici, à ce qui fut, en réalité, un groupe de croyants, recrutés, jadis, dans tout le monde méditerranéen, turco-khasar et slave. Je ne revendique jamais mon origine que dans un cas : en face d'un antisémite......

un jeune officier me disait, alors que nous devisions sur le pas d'une porte, dans Malo-les-Bains bombardé : »cette guerre m'a appris beaucoup de choses. Celle-ci entre autres : qu'il y a des militaires de profession qui ne seront jamais des guerriers ; des civils, au contraire, qui, par nature, sont des guerriers »....

Car l'armée se retirait déjà derrière la Lys et, de là, vers la côte . Pas toute entière, cependant. Le soir du 28, le Général Prioux nous fit savoir que, désespérant d'assurer la retraite de deux au moins de ses divisions, il avait décidé de rester lui-même à Steewerk et d'y attendre l'ennemi. Ne retenant à ses côtés que quelques officiers, il invitait la plupart d'entre nous à gagner, dans la nuit, le littoral, afin de nous embarquer. J'allai le trouver, peu après, pour me faire confirmer l'ordre de vider, mettre hors d'usage et abandonner les camions-citernes. C'était priver l'armée de ses dernières gouttes d'essence et je ne pouvais prendre sur moi une résolution si grave, bien qu'elle découlât clairement des autres dispositions du moment.......

un remède existe, il est vrai, simple et bien connu.Il suffit d'établir, par fractions, un va-et-vient entre les deux groupes d'officiers. Mais les grands chefs n'aiment guère changer de collaborateurs. On se souvient qu'en 1915 et 1916, leurs répugnances à s'y résigner avaient abouti à un véritable divorce entre le champ de vision des combattants et celui des états-majors....

beaucoup d'erreurs diverses, dont les effets s'accumulèrent, ont mené nos armées aux désastres. Une grande carence cependant les domine toutes. Nos chefs ou ceux qui agissaient en leur nom n'ont pas su penser cette guerre. En d'autres termes, le triomphe des Allemands fut, essentiellement, une victoire intellectuelle et c'est peut-être là ce qu'il y a eu de plus grave..... Les Allemands ont fait une guerre d'aujourd'hui, sous le signe de la vitesse. Nous n'avons pas seulement tenté de faire, pour notre part, une guerre de la veille ou de l'avant-veille.... Il serait certainement peu équitable de borner aux échelons supérieurs les observations qui précèdent. Les exécutants n'ont pas, à l'ordinaire, beaucoup mieux réussi à accorder leurs prévisions ni leurs gestes à la vitesse allemande. Les deux carences étaient, d'ailleurs, étroitement liées. Non seulement la transmission des renseignements s'opérait fort mal, tant de bas en haut que de haut en bas ; les officiers de troupe avec , pour la plupart, moins de subtilité de doctrine , avaient été formés à la même école, en somme, que leurs camarades des états-majors. Tout au long de la campagne, les Allemands conservèrent la fâcheuse habitude d'apparaître là où ils n'auraient pas dû être. Ils ne jouaient pas le jeu.... ;

Aussi bien, quand on se fut avisé, dès les premiers échecs, que peut-être notre haut commandement n'était pas sans reproches, à quel sang jeune et frais demanda-t-on les moyens de lui rendre quelque force ? A la tête des armées, on plaça le chef d'état-major d'un des généralissimes de l'ancienne guerre ; comme conseiller technique du gouvernement, on fit choix d'un autre de ces généralissimes ; le premier d'ailleurs ancien vice-président du Conseil supérieur ; le second qui, vers le même temps, avait été ministre de la Guerre ; tous deux par suite, à ces titres divers, responsables, pour une large part, des méthodes dont les vices éclataient à tous les yeux....A vrai dire, une très récent général de brigade fut bien appelé aux conseils du gouvernement. Qu'y fit-il ? Je ne sais. Je crains fort, cependant , que, devant tant de constellations, ses deux pauvres petites étoiles n'aient pas pesé bien lourd.....

Dans une nation, jamais aucun corps professionnel n'est à lui seul, totalement responsable de ses propres actes. Pour qu'une pareille autonomie morale soit possible, la solidarité collective a trop de puissance . Les états-majors ont travaillé avec les instruments que le pays leur avait fournis.Ils ont vécu dans une ambiance psychologique qu'ils n'avaient pas toute entière créée.....

Il faut avoir le courage de le dire . Cette faiblesse collective n'a peut-être été souvent, que la somme de beaucoup de faiblesses individuelles. Des fonctionnaires ont fui, sans ordre. Des ordres de départ ont été prématurément donnés. Il y eut, à travers le pays, une folie de l'exode....

La meilleure serait sans doute que leurs adversaires, à l'autre extrémité de l'échelle des opinions, ne fussent pas moins déraisonnables. Refuser les crédits militaires et, le lendemain, réclamer des « canons pour l'Espagne » ; prêcher, d'abord, l'antipatriotisme ; l'année suivante, prôner la formation d'un »front des Français » ; puis enfin de compte, se dérober soi-même au devoir de servir et inviter les foules à s'y soustraire ; dans ces zigzags , sans grâce, reconnaissons la courbe que décrivirent, sous nos yeux émerveillés, les danseurs sur corde raide du communisme....

Ce n'est pas aux hommes de mon âge qu'il appartiendra de reconstruire la patrie. La France de la défaite aura eu un gouvernement de vieillards. Cela est tout naturel. La France d'un nouveau printemps devra être la chose des jeunes. Sur leurs aînés de l'ancienne guerre, ils posséderont le triste privilège de ne pas avoir à se garer de la paresse de la victoire.....

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Pourquoi je suis républicain

Me demander pourquoi je suis républicain, n'est-ce pas déjà l'être soi-même ? N'est-ce pas admettre que la forme du pouvoir peut être l'objet d'un choix mûrement délibéré de la part du citoyen, que la communauté ne s'impose donc pas à l'homme, qu'elle ne le constitue pas par l'éducation et la race jusque dans ses dispositions les plus intimes et de façon nécessaire, qu'il peut sans sacrilège examiner le groupe dont il fait partie parce qu'enfin la société est faite pour lui et doit le servir à atteindre sa fin....

 


 

 

morlaixDans le flot de voyageurs qui coulait pas saccades vers la sortie, elle était la seule à ne pas se presser. Son sac de voyage à la main, la tête dressée sous le voile de deuil, elle attendit son tour de tendre son billet à l'employé, puis elle fit quelques pas.
Quand elle avait pris le train à Bruxelles, il était six heures du matin et l'obscurité était lourde de pluie glacée. Le compartiment de troisième classe était mouillé, lui aussi, plancher mouillé sous les pieds boueux, cloisons mouillées par une buée visqueuse, vitres mouillées, dedans et dehors. Des gens aux vêtements mouillés sommeillaient.
A huit heures, à l'arrivée de Hasselt, on éteignit les lampes du convoi et celles de la gare . Dans les salles d'attente, les parapluies perdaient des rigoles d'eau fluide qui sentait la soie détrempée. Autour des poêles, des gens se séchaient et ils étaient presque tous en noir, comme Edmée. Etait-ce un hasard ? Le remarquait-elle parce qu'elle était en deuil ? Et le noir n'est-il pas l'uniforme des gens des campagnes ?
12 Décembre. Le chiffre, en gros caractères , noirs aussi, à côté d'un guichet, la frappa.

Dehors, la pluie crépitait, les gens couraient, des silhouettes étaient collées à toutes les portes et les nuages rendaient le ciel si sombre que les boutiques gardaient leurs lampes allumées.
Juste en face de la gare, au milieu de la rue, il y avait un gros tramway vicinal peint en verte et noir. Il était vide. On ne voyait ni mécanicien, ni receveur. Un écriteau portait la mention Maeseyck et Edmée devait passer par cette ville pour se rendre à Neroeteren.....

 

morlaixJe naquis à Paris,en 1910. Mon père, homme d'humeur égale et insouciante, était une macédoine de gènes de races diverses : citoyen suisse lui-même, mais d'ascendance mi-française, mi-autrichienne,avec un soupçon de Danube dans les veines. Nous allons faire passer dans un instant de jolies cartes postales glacées aux vastes horizons bleutés. Il possédait un palace sur la Riviera. Son père et ses deux grands-pères avaient été, dans l'ordre, négociants en vins, en bijoux et en soieries. A trente ans, il épousé une jeune anglaise , fille de Jerone Dunn, l'alpiniste, et petite-fille de deux clergymen du Dorset, experts l'un et l'autre en d'obscures matières, la paléopédologie et les harpes éoliennes, respectivement.Ma mère, femme très photogénique, mourut de la façon la plus absurde ( un pique-nique, la foudre) alors que j'avais trois ans et, hormis une nuée de chaleur dans le passé, elle ne laissa aucune trace parmi le chemin creux du souvenir,....

J'avais beau me dire que je ne voulais à mes côtés qu'une présence lénitive, un pot-au-feu sublimé, un postiche animé, ce qui me séduisit réellement en Valérie fut l'imitation qu'elle donnait d'une petite fille. Non pas qu'elle eût deviné mes inclinations : c'était son genre – et je mordis à l'hameçon. En fait, elle avait largement dépassé le cap des vingt ans (je ne pus jamais déterminer son âge exact, car même son passeport mentait) et avait égaré sa virginité dans des circonstances qui variaient avec ses humeurs mnésiques. Quant à moi, j'étais candide comme seul un pervers peut l'être. Elle avait l'air espiègle et froufroutante, s'habillait à la gamine, exhibait sans lésiner ses jambes polies, s'entendait à rehausser avec des mules de velours noir la blancheur de ses cous-de-pied nus, et elle était toute fossettes et moues puériles, toute gambades et voltes de dinde, et secouait ses courtes mèches blondes avec une grâce mutine dont la banalité me sidérait.........
...

 

Le rapide de cinq heures

morlaixIls allaient, ils allaient toujours et lorsque cessait le chant funèbre, on croyait entendre, continuant sur leur lancée, chanter les jambes, les chevaux et le souffle du vent.
Les passants s'écartaient pour laisser passer le cortège, comptaient les couronnes, se signaient. Les curieux se joignaient à la procession, demandaient : « Qui enterre-t-on ? »On leur répondait : « Jivago. - Ah bon. Il fallait le dire – Mais non, pas lui. Elle- 9a revient au même, Dieu ait son âme . C'est un bel enterrement.3
Les derniers instants s'égrenèrent rapidement- instants comptés, instants sans retour. « La terre du Seigneur et tout ce qu'elle recèle, l'univers et tous ses vivants. » Le prêtre, traçant de la main un signe de croix, jeta une poignée de terre sur Maria Nikolaïeva. On entonna Avec les esprits des justes. Puis ce fut la course. On ferma le cercueil, on le cloua, on le fit descendre. Comme un roulement de tambour, une pluie de mottes s'abattit sur le cercueil qu'on recouvrit en toute hâte, à quatre pelles à la fois . Un monticule s'éleva. Un petit garçon de dix ans grimpa sur le monticule.....

Sans qu'on pût dire pourquoi, on sentait que Strelnikov incarnait la force de la volonté à son plus haut degré. Il était à tel point l'homme qu'il voulait être que tout en lui semblait exemplaire : sa belle tête au port magnifique, la rapidité de sa démarche, ses longues jambes chaussées de grandes bottes qui, même sales, auraient semblé propres, sa vareuse de drap gris, peut-être froissée, mais qui donnait l'impression d'une tunique de toile bien repassée.....

Ils étaient à Varykino depuis douze jours . Rien ne distinguait ce jour-là des précédents. Les loups qu'on avait crus disparus au milieu de la semaine avaient hurlé de la même façon la veille au soir. Les prenant à nouveau pour des chiens, Larissa Fiodorovna , effrayée par ce mauvais présage, avait de nouveau décidé de partir le lendemain....

 

morlaixLe procureur Varga était occupé par le procès Reis qui durait depuis environ un mois et se traînerait encore vraisemblablement au moins deux mois encore, lorsque, par une très douce soirée de mai, après dix heures, mais pas plus tard que minuit, d'après les témoignages et la nécroscopie, on l'assassina. Les témoignages, à la vérité, ne coïncidaient pas exactement avec les résultats de la nécroscopie : le médecin légiste opinait pour situer l'instant du décès plus près de minuit que de dix heurs, tandis que les amis avec lesquels le procureur, homme d'habitudes réglées, passait chaque soir quelques moments et avec lesquels il s'était entretenu ce soir-là, affirmaient qu'à quelques minutes près il les avait laissés à dix heures. Et comme il ne pouvait pas mettre plus de dix minutes pour rentrer à pied chez lui, il restait à combler un vide d'au moins une heure et découvrir où et comment le procureur avait passé cette heure-là.Peut-être ses habitudes étaient-elles moins réglées qu'elles n'apparaissaient d'abord et y avait-il dans ses journées des heures sans programme, des promenades solitaires et sans but ; peut-être même avait-il d'autres habitudes ignorées de sa famille et  de ses amis. De malignes hypothèses furent avancées en secret et chuchotées par la police d'un côté, de l'autre par ses amis ; mais pour en empêcher l'explosion publique, elles furent aussitôt désamorcées par une décision prise au sommet, au cours d'un entretien enter les plus hautes autorités de la Région, condamnant tout soupçon et interdisant toute enquête sur cette heure superflue, comme attentatoires à la mémoire d'une vie qui se reflétait désormais dans les miroirs de toutes les vertus. Bien plus, le procureur ayant été trouvé au pied d'un muret d'où s'échappaient des branches de jasmin, une fluer serrée entre ses doigts, l'évêque dit qu'à l'instant fatal , la fatalité avait pris la forme, petite, mais éloquente d'une vie sans tache, d'une qualité d'âme dont le parfum persistait dans les enceintes judiciaires, au sein même de sa famille et d'ailleurs en tout lieu que le procureur avait coutume de fréquenter, curie épiscopale comprise.

Le voyage

morlaixJ'avais été fait prisonnier par la Milice le 13 décembre 1943. J'avais vingt-quatre ans, peu de jugement, aucune expérience et une propension marquée, encouragée par le régime de ségrégation que m'avaient imposé quatre ans de lois raciales, à vivre ans un monde quasiment irréel, peuplé d'honnêtes figures cartésiennes, d'amitiés masculines sincères et d'amitiés féminines inconsistantes. Je cultivais à part moi un sentiment de révolte abstrait et modéré.
Ce n'était pas sans mal que je m'étais décidé à choisir la route de la montagne et à contribuer à mettre sur pied ce qui, dans mon esprit et dans celui de quelques amis guère plus expérimentés que moi, était censé devenir une bande de partisans affiliés à Giustizia e Liberta. Nous manquions de contacts, d'armes, d'argent, et de l'expérience nécessaire pour nous procurer tout cela ; nous manquions d'hommes capables, et nous étions en revanche envahis par une foule d'individus de tous bords, plus ou moins sincères, qui montaient de la plaine dans l'espoir de trouver auprès de nous une organisation inexistante, des cadres, des armes, ou même un peu de protection, un refuge, un feu où se chauffer, une paire de chaussures....

trois cents miliciens fascistes, partis en pleine nuit pour surprendre un autre groupe de partisans installé dans une vallée voisine, et autrement plus dangereux que le nôtre, firent irruption dans notre refuge à la pâle clarté d'une aube de neige, et m'emmenèrent avec dans la vallée comme suspect....

mais le 21 au matin, on apprit que les juifs partiraient le lendemain. Tous sans exception. Même les enfants. Destination inconnue. Ordre de se préparer pour un voyage de quinze jours. Pour tout juif manquant à l'appel, on fusillerait dix.....

La nuit vint, et avec elle cette évidence : jamais être humain n'eût dû assister, ni survivre, à la vision de ce que fut cette nuit-là. Tous en eurent conscience:aucuns des gardiens , ni italiens ni allemands, n'eut le courage de venir voir à quoi s'occupent les hommes quand ils savent qu'ils vont mourir.....

Ce sont justement les privations, les coups, le froid, la soif qui nous ont empêchés de sombré dans un désespoir sans fond, pendant et après le voyage . Il n'y avait là de notre part ni volonté de vivre ni résignation consciente : rares sont les hommes de cette trempe, et nous n'étions que des specimen d'humanité bien ordinaires.

Les portes s'étaient aussitôt refermées sur nous, mais le train ne s'ébranla que le soir. Nous avions appris notre destination avec soulagement : Auschwitz, un nom alors dénué de signification pour nous ; mais qui devait bien exister quelque part sur la terre.....

Le train roulait lentement, faisant de longues haltes énervantes....
Rares sont les hommes capables d'aller dignement à la mort, et ce ne sont pas toujours ceux auxquels on s'attendrait. Bien peu savent se taire et respecter le silence d'autrui. Notre sommeil agité était souvent interrompu par des querelles futiles et bruyantes, des imprécations, des coups de pied et de poing décochés à l'aveuglette pour protester contre un contact fastidieux et inévitable...

Et brusquement, ce fut le dénouement. La portière s'ouvrit avec fracas : l'obscurité retentit d'ordres hurlés dans une langue étrangère, et de ces aboiements barbares naturels aux Allemands quand ils commandent, et qui semblent libérer une hargne séculaire. Nous découvrîmes un large quai, éclairé par des projecteurs. Un peu plus loin , une file de camions..............

 

morlaixRaconter la vie d'un homme ,n'est-ce pas une prière ?

En trois années de prison, il avait appris à passer le temps de façon très simple. Pendant les dix premières minutes, il avait fumé une cigarette sans imaginer le moindre jeu mais, en jetant son mégot sur le gravier de l'allée, il lui vint l'idée que le nombre de petits cailloux des allées du jardin était un nombre fini. Même le nombre des grains de sable de toutes les plages du monde pouvait être calculé ; si grand qu'il fût c'était un nombre fini et c'est ainsi que , regardant à terre, il commença à compter. Dans un espace de cinq centimètres carrés, il pouvait y avoir une moyenne de quatre-vingt cailloux. Il a calculé alors à vue d'oeil la surface des allées qui conduisaient à la villa située en face de lui et conclut que tout le gravier, qui paraissait incalculable, était constitué du misérable nombre d'un million six cent mille petits cailloux, à dix pour cent près en plus ou en moins....

Soudain, les cailloux crissèrent et il leva la tête. Un petit homme était sorti de la villa et venait vers lui par l'allée centrale

 

morlaixLa faim. C'est à cause de la faim que nous sommes partis. Et pour quelle autre raison, je vous le demande ? Sans la faim, nous serions restés là-haut. C'était notre village. Pourquoi l'aurions nous quitté , Nous y avions toujours vécu et toute notre famille y habitait. Nous connaissions le moindre de ses recoins et la moindre pensée de nos voisins. La moindre plante. Jamais nous ne serions venus autrement.
Nous avons été chassés, voilà la vérité. A coups de manche à balai. Par le comte Zorzi Vila. Il nous a dépouillé. Il nous a volés. Nos bêtes. Nos boeufs . Des vaches au pis énormes......

Qu'est-ce que vous racontez ? Pourquoi ils n'y sont pas allés en train ? Voyons ! Si nous avions de quoi payer le train, nous aurions eu aussi de quoi payer le patron, c'était le quota 90 , je vous l'ai dit et il n'y avait pas un sou pour le payer en or. Nous avions des sacs bourrés de blé, mais pas une lire en poche, parce que le blé non plus ne valait rien ; avec le quota 90, on en achetait autant qu'on voulait à l'étranger. Cette fois, le Duce a tué l'agriculture italienne. Pas l'industrie. Mais l'agriculture, il l'a tuée.

Quoi qu'il en soit, ils sont partis et, à force de pédaler, ils sont arrivés à Rome. Cela leur a pris cinq ou six jours – je ne men souviens pas bien – sans doute au rythme d'une centaine de kilomètres par jour : rien à voir avec le Tour d'Italie maintenant, où les coureurs avalent à chaque étape entre deux cent cinquante et trois cents kilomètres de moyenne  grâce à l'EPO....

Les anciens Latins, puis les Romains, avaient déjà tenté d'assécher ces marais, et après eux les papes, Léonard de Vinci, Napoléon, Garibaldi. Mais le marais l'avait toujours emporté. Les voyageurs des XVIIIe et XIX siècles – Goethe, Stendhal, Madame de Staêl – racontent à l'Europe entière la désolation et la mort des marais Pontins. Or , voilà qu'arrivent le Duce et Rossoni, qu'ils décident de creuser le Canal Mussolini, et là où avaient échoué Jules César , pie VI et Napoléon , ils assèchent en un tour de main.
C'est le canal Mussoilini qui donne naissance à l'Agro Pontin et c'est parce qu'il n'existait pas que les autres tentatives ont échoué......

Juste après le 8 septembre – jour où le roi et Badoglio avaient dit « Personne ne bouge ! Armistice ! Nous autres ons'tire », branché le tourne-disque à la radio , et pris leurs jambes à leur cou – les Allemands s'étaient empressés, à juste titre selon eux, de libérer le duce prisonnier de Badoglio sur le Gran Sasso, l'avaient conduit en Allemagne où l'attendaient Pavolini et les hiérarques les plus furibards et lui avaient demandé de mettre sur pied un nouveau parti ainsi qu'un nouveau gouvernement. Le 16 septembre, un speaker avait pu annoncer depuis Radio Munich la naissance d'une république dans les territoires encore contrôlés par les Allemands – la RSI, République sociale italienne ou république de Salo – et la reprise de la guerre aux côtés de l'allié germanique. A présent, nous avions deux gouvernements : l'un au sud – celui du roi- allié et aux ordres des Anglo-Américains, l'autre au nord aux ordres des Allemands.....

 

morlaixVIII - Ce dernier peuple est de beaucoup le plus puissant de toute cette côte maritime : les Vénètes possèdent le plus grand nombre des navires, avec lesquels ils trafiquent en Bretagne, et surpassent les autres peuples par leur science et leur expérience de la navigation ; ils occupent, d'ailleurs, sur cette grande mer violente et orageuse, le petit nombre des ports qui s'y trouvent et ont pour tributaires presque tous ceux qui naviguent habituellement dans ces eaux. Les premiers, ils retiennent Silius et Vélanius, pensant recouvrer par ce moyens les otages qu'ils avaient livrés à Crassus. Poussés par leur exemple, leurs voisins, avec cette prompte et soudaine résolution qui caractérise les Gaulois, arrêtent pour le même motif Trébius et Terrasidius ; vite, ils s'envoient des députés, et s'engagent, par l'entremise de leurs chefs, de ne rien faire que d'un commun accord et de courir tous la même chance ; ils pressent les autres cités de conserver la liberté qu'elles avaient reçu de leurs pères, plutôt que de supporter le joug des romains. Toute la côte est bientôt gagnée à leur avis, et une ambassade commune a été envoyée à Publius Crassus pour l'inviter à rendre les otages s'il veut qu'on lui rende ses officiers.

IX – informé de ces évènements par Crassus, César ordonne de construire en l'attendant , car il était très loin- des navires de guerre sur la Loire, qui se jette dans l'océan, de lever des rameurs dans la province et de se procurer des matelots et des pilotes. Ces ordres sont promptement exécutés. Lui-même, dès que la saison le lui permit, se rendit à l'armée. Les Vénètes, ainsi que les autres états, quand il savent l'arrivée de césar, comprenant de quel crime ils s'étaient rendus coupables en retenant et en jetant dans les fers des ambassadeurs ( dont la qualité chez toutes les nations fut toujours sacrée et inviolable ) , proportionnent leurs préparatifs guerriers à la grandeur du péril et pourvoient surtout à l'équipement de leurs navires ; leur espoir était d'autant plus fort que la nature du pays leur inspirait beaucoup de confiance.....

L'activité financière des notables

morlaixPendant toute son histoire, la société romaine a été politiquement et socialement dominée par une minorité à patrimoine d'abord foncier, et qui était animée d'une mentalité aristocratique. Cette minorité, d'abord limitée aux sénateurs, se composa par la suite des deux grands ordres privilégiés, les sénateurs et l'ordre équestre. Elle e compta jamais plus de quelques milliers de chefs de famille, entourés de leurs femmes, de leurs enfants, de leurs proches et, bien sûr, de leurs dépendants.
Mais, à coté d'elle, il y avait d'autres notables, qui possédaient des patrimoines de nature analogue, et parfois aussi importants ou presque, et qui s'inspiraient des modes de vie des sénateurs et chevaliers . Ces notables constituaient la partie la plus prestigieuse et la plus prospère des aristocraties des diverses cités de l'Empire, quel que fût le statut juridique de ces cités et de leurs habitants. Au sommet de la pyramide sociale romaine, il y avait donc une élite relativement homogène, et qui constituait une véritable classe sociale dirigeante. Pour la différencier du sénat et de l'ordre équestre, qui en font partie mais n'en constituent que les fractions les plus prestigieuses, les plus riches et les plus cultivées, j'emploierai à son propos le mot « élite » ou les mots « notabilités ». Quant au sénat et à l'ordre équestre, je les appellerai soit l'élite impériale, soit les deux grands ordres, soit les ordres dirigeants......

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morlaixUne nuit, alors que j'avais neuf ans, je me suis rendu compte d'une grande agitation dans la maison. Mon père , qui rendait visite tour à tour à ses épouses et qui, en général, passait chez nous une semaine par mois, venait d'arriver... je le trouvai dans la hutte de ma mère, allongé par terre sur le dos, au milieu de ce qui semblait être une quinte de toux sans fin.... »Apporte-moi mon tabac », lui dit-il. Ma mère et Nodayimani se concertèrent et décidèrent qu'il n'était pas prudent de lui donner son tabac dans cet état. Mais il continua à le réclamer et finalement Nodayimani lui bourra sa pipe, l'alluma et la lui donna. Mon père fuma et se calma. Il fuma pendant une heure environ, puis, alors que sa pipe était encore allumée, il mourut.............

Je ne savais pas encore que la véritable histoire de notre pays ne se trouvait pas dans les livres britanniques qui affirmaient que l'Afrique du Sud commençait avec l'arrivée de Jan Van Riebececk au cap de Bonne-Espérance en 1652. Grâce au chef Joyi, j'ai commencé à découvrir que l'histoire des peuples de langue bantoue commençait bien plus au nord, dans un pays de lacs, de plaines et de vallées vertes, at que lentement, au cours des millénaires, nous avions descendu jusqu'à la pointé extrême de ce grand continent. Pourtant, j'ai découvert plus tard que les récits que faisait le chef Joyi de l'histoire africaine manquaient parfois de précision.........

je suis incapable d'indiquer exactement le moment où je suis devenu politisé, le moment où j'ai su que je consacrerais ma vie à la lutte de libération. Etre africain en Afrique du Sud signifie qu'on est politisé à l'instant de sa naissance , qu'on le sache ou non. Un enfant africain naît dans un hôpital réservé aux Africains, il rentre chez lui dans un bus réservé aux Africains, il vit dans un quartier réservé aux Africains, et il va dans une école réservée aux Africains, si toutefois il va à l'école.....

le matin du 5 décembre 1956, juste après l'aube, des coups violents à ma porte m'ont réveillé. Aucun voisin ni aucun ami n'avait jamais frappé de façon aussi péremptoire et j'ai su immédiatement qu'il s'agissait de la police de sécurité. Je me suis habillé en vitesse et j'ai trouvé le commissaire Rousseau, un visage connu dans notre quartier, et deux policiers.

Dans les premières années, l'isolement est devenu une habitude. Pour les plus petites infractions, nous avions un « rapport » et on nous condamnait à l'isolement. Un homme pouvait être privé de repas pour un regard ou être condamné pour ne pas s'être levé à l'entrée d'un gardien....
Les autorités désiraient tant régler le problème de ces jeunes lions qu'elles nous laissèrent plus ou moins nous débrouiller tout seuls. Nous étions dans la seconde année de la grève de lenteur à la carrière pour demander la fin du travail manuel. Nous réclamions le droit d'occuper nos journées à quelque chose d'utile, étudier ou apprendre un métier....

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morlaixMoi qui porte le nom de José Antonnio Maria Vaz, j'attends la fin du monde debout sur un toit en terre rouge brûlée par le soleil. La nuit sous le ciel étoilé des tropiques est suffocante et humide. Je suis sale et fiévreux. Mes vêtements en lambeaux semblent vouloir se détacher de mon corps décharné. J'ai de la farine dans mes poches et elle est pour moi plus précieuse que l'or. Il y a un an, j'étais encore quelqu'un, j'étais boulanger, alors qu'à présent je ne suis plus personne. Je ne suis plus qu'un mendiant....

Je veux fonder un théâtre, répondit-elle sans hésitation.
Le président essaya de la convaincre qu'il y avait des tâches dont la portée révolutionnaire était bien plus importante, mais en vain. Rien ne la fit changer d'avis. Il promulgua alors un décret, confirmé ultérieurement par le ministre de la Culture, qui nomma Dona Esmeralda responsable de l'unique théâtre de la ville.
Et ce fut le début de la nouvelle ère.
Dona Esmeralda était tellement préoccupée par son changement d'existence qu'elle ne s'aperçut pas que les statues, si chèrement acquises par son père lors de la chute des différentes dictatures, étaient à nouveau renversées puis transportées dans une vieille forteresse où elles étaient livrées à l'oubli ou fondues. La ville, qui jusqu'alors avait porté l'empreinte de sa famille réinventée, se modifia sans qu'elle le remarquât. Dona Esmeralda elle-même consacra tout son temps à son théâtre sombre et délabré, si longtemps laissé à l'abandon. C'était un véritable bourbier : la puanteur y était insupportable et les rats, gros comme les chats, régnaient en maître sur la scène où pourrissaient les vieux décors.....

Nelio longeait la mer . Chaque soir il repérait une dune derrière laquelle il pouvait s'installer pour la nuit. A l'aube, il enlevait sa culotte pour se laver comme il avait vu Yabu Bata le faire. Quand il avait faim, il s'arrêtait pour aider les pêcheurs à tirer leurs bateaux hors de l'eau et nettoyer leurs filets. En remerciement, ils lui offraient à manger et, une fois rassasié, il reprenait la route.....

Le soleil était tout près de mon âme le dernier jour où Nelio était encore en vie. Quand je vidais mes poumons , l'air s'embrasait pour retomber ensuite sur le pavé comme des cendres noires. Jamais, ni avant ni après, je n'ai connu une chaleur aussi intense.....

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morlaixJe suis resté encore un instant dans la voiture.Non seulement pour bien m'imprégner de sa photo, mais aussi pour écouter jusqu'au bout Here comes the Sun de. George Harrison ne passe pas souvent à la radio et en plus on entend rarement d'aussi bonnes chansons le matin. Me familiariser avec le visage de la personne avant de la rencontrer pour le première fois m'a toujours semblé important. Ne pas être surpris. Elle était très belle sur ce vieux cliché : cheveux attachés, front intelligent, elle me souriait au milieu d'un groupe d'intellectuels dont la notoriété n'était plus à faire......

Sur l'une d'entre elles, on la voit participer à une manifestation israélo-palestinienne à Nazareth en 1981, sur une autre elle proteste contre la construction d'implantations en Samarie......

J'ai composé le code et le portail s'est ouvert dans un ronronnement. Ce sont les Britanniques qui ont construit ce bâtiment, tout en lignes droites, fonctionnelles, avec d'épais murs en béton et de vastes sous-sols. Nous nous sommes contentés d'effectuer les travaux de rénovation que nécessitaient les innovations technologiques. On avait beau y déverser des tonnes de produits désinfectants, y régnait en permanence une odeur de merde. J'ai emprunté l'escalier pour descendre jusqu'à ce que je déniche le jeune enquêteur qui venait de bousiller mon ménage. Il m'a accueilli en s'excusant : Désolé de t'avoir dérangé pendant ta soirée libre, mais comme tu m'as dit de de tenir informé... En fait, je n'avance pas du tout. Ce type est têtu comme une mule....

J'avais été recruté sur le campus de la fac. Grâce à une enquête préliminaire, ils savaient, à l'agence, que j'avais servi dans les renseignements militaires et que je parlais arabe....

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morlaixFace à l'amas des mémoires

« Une nation....est un groupe de personne unies par une erreur commune sur leurs ancêtres et une aversion commune envers leurs voisins » Karl W. Deutsch

 Les échos de l'ironie et de la tristesse inextricablement mêlés, constituent la petite musique de fond d'un récit critique qui se penche sur les sources historiques et sur la praxis de la politique des identités en Israël.....

Flavius Josèphe écrivit ses Antiquités judaïques à la fin du 1er siècle après J-C.. On peut sans aucun doute considérer ce livre comme le premier dans lequel un auteur, célèbre par ailleurs, tenta de reconstituer l'histoire globale des juifs, ou plus précisément des Judéens, depuis les « débuts » jusqu'à sa propre époque.

Juif hellénistique croyant et , selon son propre témoignage, fier de sa « descendance sacerdotale privilégiée », il commença son essai par les mots suivants : « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. Celle-ci n'était pas visible ; elle était cachée sous des ténèbres profondes et un souffle d'en haut courait à sa surface..... Et ce jour devait être le premier, mais Moïse employa le terme 'un jour' ».....
La représentation du judaïsme sous les traits d'une caste repliée sur elle-même et ayant confiné sa foi ardente dans l'enceinte de débats talmudiques casuistiques correspond plutôt à la vision chrétienne dominante, dont la contribution à l'élaboration de l'image du juif occidental a été déterminante. Le côté humiliant de cette vison méprisante n'a pas été apprécié par l'historiographie présioniste et sioniste, bien qu'elle lui soit restée entièrement soumise et dévouée. Elle servait l'imaginaire « ethnique » du peuple perçu comme un corps démantelé, inerte et passif tant qu'il n'aurait pas repris racine dans le territoire qui avait été, de toute évidence, son creuset civilisateur et historique....

La conception de la nation comme entité « ethnique » était commune, à des degrés divers, à toutes les branches du mouvement sioniste , et la nouvelle « science » biologique y connut donc un grand succès. L'hérédité constituait, dans une large mesure, une des justifications de la revendication sur la Palestine, cette Judée antique que les sionistes avaient cessé de considérer seulement comme un centre sacré d'où viendrait le salut. Dès lors, par une audacieuse transformation paradigmatique, elle deviendrait la patrie nationale de tous les juifs du monde. Le mythe historique fut donc également à l'origine de l'adoption d'une idéologie « scientifique » appropriée : si les juifs de l'époque moderne n'étaient pas les descendants directs des premiers exilés, comment légitimer leur installation sur la Terre sainte censée être le « pays exclusif d'Israêl » ?.....

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morlaixLa source miraculeuse

Le christianisme domine le monde occidental depuis près de vingt siècles. Est-il possible aujourd'hui d'en désigner le point de départ, ou s'agit-il d'une entreprise aussi vaine que de rechercher le fleuve qui prendrait sa source dans la mer ? …........

la première difficulté, et peut-être la plus grande, est que le poids de la tradition chrétienne, le poids des siècles d'interprétation et d'illustration lestent terriblement notre lecture.

La deuxième difficulté est d'accepter ces écrits sans préjugés, sans oeillères, pour ce qu'ils sont : de la littérature. Trop souvent les chercheurs lisent les textes du Nouveau testament comme sils avaient été écrits par des rédacteurs qui leur ressemblent, des savants, des universitaires disposant de documents et de témoignages recueillis et compilés au fil des ans. Leur réflexion intègre rarement la création littéraire et lorsqu'ils sont amenés à le reconnaître, il y a toujours dans cette découverte comme l'expression d'une défaite.Le sentiment d'être dans une impasse, de devoir avouer un fait honteux et douloureux, comme si la littérature ne pouvait croître que sur le mensonge.....

Tout commence vers l'an 30 – à l'intérieur du judaïsme et sans horizon qu'Israël – et l'essentiel est en place vers 150, quand les chrétiens, accaparant les Ecritures juives, confisquant l'histoire biblique, se revendiquent comme Verus Israêl, le véritable Israël, et dénient aux juifs le droit de s'en prévaloir. La rencontre du christianisme et de l'Empire romain, dont il devient la religion officielle, lui permettra, deux siècles plus tard, de se propager à travers tout l'Occident. Désormais, Dieu et l'Etat ne feront plus qu'un, et les juifs incarneront la figure du Mal.
Quels meilleurs témoins de la rupture entre le christianisme et le judaïsme avons-nous que les vingt-sept livres du Nouveau testament ? …..............

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Quelques connaissances générales sur les paradis.
Rapide descriptif des offres actuellement disponibles

morlaixLes deux majors : les Paradis catholique et musulman

Une PME solide avec un positionnement de niche : le Paradis juif

Des star-up en perpétuel renouvellement : les sectes

«  le Créateur a raté ce monde-ci, pourquoi aurait-il réussi l'autre ? » Paul Morand

Il ne s'agit pas d'être exhaustif et chacun sait que certains Paradis sont accessibles sur les marchés asiatiques comme le bouddhisme, l'hindouisme ou le shintoïsme, mais leurs représentations commerciales dans les pays occidentaux sont nettement insuffisantes et nous ne saurions trop vous mettre en garde contre les problèmes d'après-vente. Le Nirvana hindouiste promet le félicité éternelle où l'individu n'existe plus et s'est fondu dans le « soi cosmique » obtenu en accomplissant assez de bons karmas pour ne plus se réincarner. Le Parinirvana boudhiste (extinction complète ») propose de vous amener à un état d'anéantissement total, de non-existence par la méditation, en éteignant tout désir y compris celui de vivre ou de ne pas vivre, en palliant l'ignorance concernant la nature de l'homme et les trois racines du mal que sont le désir, la haine et l'erreur. Tout cela est bel et bon ! Mais en sommes-nous sûrs ? Restons donc sur des produits solides et « bien de chez nous ». Procédons à une rapide analyse des offres actuellement disponibles dans les pays occidentaux.
Il faut remarquer que la quasi-totalité des religions polythéistes ayant disparu par persécution, conversion ou interdiction, certains Paradis sont désormais inaccessibles après fermeture des dernières représentations commerciales sur terre. Finie donc la promesse du Wallalah ou des champs Elysées emportant par là même certains Enfers !

 

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morlaixC'était l'autostoppeur le plus épouvantable qui m'eût jamais fait signe. Il s'était redressé à genoux dans le fossé, avait levé un bras. Ses yeux étaient des trous noirs dans son visage jaune, sa bouche une brillante tâche de rouge comme un sourire de clown. Son bras tendu le déséquilibra. Il retomba face contre terre.

J'écrasai la pédale de frein et reculai sur une centaine de mètres jusqu'à l'endroit où il gisait. C'était un homme aux cheveux sombres, vêtu d'une paire de jeans et d'une chemise de travail grise, étendu sur la stramoine. Il était maintenant figé comme la mort. Mais, m'accroupissant à coté de lui, je perçus le soupir gargouillant de sa respiration.
Soutenant ses hanches avec mon genou et sa nuque molle dans le creux de mon bras, je le retournai sur le dos. Le sang éclatait en petites bulles qu coin de sa bouche. Le devant de sa chemise grise était sombre et humide. En la déboutonnant, je vis parmi les poils trempés de son torse le trou rond qui continuait à cracher des petites bavures luisantes.
J'enlevai ma veste et déchirai ma propre chemise pour en faire une compresse. Je l'appliquai sur le trou et l'y maintins en place à l'aide de ma cravate. L'homme blessa remua et poussa un soupir. Ses paupières tressautèrent sus ses yeux noir poussière. Il était jeune, et il était en train de mourir.
Je tournai la tête vers le sud, d'où je venais, puis vers le nord. Aucune voiture, aucune maison, rien. J'avais dépassé un caillot de circulation quelque part au nord de Bakersfield et je n'en avais pas rattrapé depuis...

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morlaixQuelques mythes de moindre importance

Je traiterai ci-dessous des sept mythes suivants :

1) il est généralement admis que le commerce extérieur est un des moteurs de la croissance économique ; l'histoire montre pourtant que ce n'est pas le cas.

2) les années qui ont précédé la 1ère Guerre Mondiale ont souvent été décrites comme une période de crise ; les données exhaustives dont on dispose actuellement montrent que ce n'est certainement pas vrai.

3)le fait que les exportations de presque tous les pays du tiers monde aient été presque entièrement composées de produits primaires amena les économistes à conclure que les exportations de produits primaires mènent au sous-développement. La réalité est beaucoup plus complexe puisque quelques-uns des pays aujourd'hui développés ont autrefois été de grands exportateurs de produits primaires.
4) le mythe qui veut que le XIXè siècle ait été une période de forte croissance économique dans le monde développé est sans doute moins répandu aujourd'hui qu'il y a dix ou vingt ans. Mais on réalise rarement combien cette croissance était lente.

5) de nombreuses études décrivent les sociétés traditionnelles comme étant peu urbanisées. Des recherches récentes montrent que ce n'était pas le cas. En réalité, pendant de nombreux siècles antérieurs à la révolution industrielle, le monde était deux à trois fois plus urbanisé qu'il n'est généralement admis .

  1. le tiers monde étant essentiellement formé d'anciennes colonies européennes, l'idée(fausse) s'est répandue que l'Europe avait été la seule grande puissance coloniale.

  2. En fin , nous verrons que le sort tragique réservé aux Africains envoyés en esclavage dans les colonies européennes a eu tendance à faire oublier que l'Europe n'était ni l'unique trafiquant d'esclaves, ni le plus important. On connaît au moins un autre trafic d'esclaves d'ampleur encore plus grande.

 

 

morlaixIl était étendu à plat ventre sur les aiguilles de pin, le menton sur ses bras croisés et, très haut au-dessus de sa tête, le vent soufflait dans la cime des arbres. Le flanc de la montagne sur lequel il reposait s'inclinait doucement mais, plus bas, la pente se précipitait, et il apercevait la courbe noire de la route goudronnée qui traversait le col. Un torrent longeait la route et, beaucoup plus bas, en suivant le col, on apercevait une scierie au bord du torrent et la cascade du barrage, blanche dans la lumière de l'été.

« C'est la scierie ? Demanda-t-il.

-Oui

-Je ne me la rappelais pas

-On l'a construite depuis ton départ. L'ancienne scierie est plus bas que le col. »

Il étala par terre sa reproduction photographique de la carte d'état-major et l'examina attentivement. L'autre, un vieil homme petit et robuste, en blouse noire de paysan et pantalon de toile grise, chaussé d'espadrilles, regardait par-dessus l'épaule de son compagnon. Il était essoufflé par l'escalade et sa main reposait sur l'un des deux sacs très pesants qu'ils avaient montés jusque-là.
« Alors, d'ici, on ne voit pas le pont ?

-Non, dit le vieux. Ici, la pente du col est modérée. Le torrent coule doucement. Plus bas, au tournant de la route, derrière les arbres, il dégringole tout d'un coup et il y a une gorge escarpée.....

Robert Jordan était couché près de la jeune fille et il regardait l'heure passer sur son poignet. Elle passait lentement, presque imperceptiblement, car la montre était petite et il ne pouvait pas voir le mouvement de la petite aiguille. Mais, comme il regardait celle des minutes, il s'aperçut qu'il arrivait presque à la suivre, à force d'attention. La tête de la jeune fille était sous son menton, et quand il remuait pour regarder sa montre, il sentait la chevelure courte contre sa joue...

Le lieutenant Berrendo montait en regardant les traces des chevaux : son visage mince était sérieux et grave . Sa mitraillette reposait en travers de sa selle, au creux de son bras gauche. Robert Jordan était couché derrière l'arbre, faisant tous ses efforts pour empêcher ses mains de trembler. Il attendait que l'officier atteignît l'endroit ensoleillé où les premiers pins de la forêt rejoignaient la pente verte de la prairie. Il sentait son coeur battre contre le sol couvert d'aiguilles de pin de la forêt.

 

morlaix21 Mars 1927 – Minuit et demi

Tchen tenterait-il de lever la moustiquaire ? Frapperait-il au travers ? L'angoisse lui tordait l'estomac : il connaissait sa propre fermeté, mais n'était capable en cet instant que d'y songer avec hébétude, fasciné par ce tas de mousseline blanche qui tombait du plafond sur un corps moins visible qu'une ombre, et d'où sortait seulement ce pied à demi incliné par le sommeil, vivant quand même – de la chair d'homme. La seule lumière venait du building voisi : un grand rectangle d'électricité pâle, coupé par les barreaux de la fenêtre dont l'un rayait le lit juste au-dessous du pied comme pour en accentuer le volume et la vie. Quatre ou cinq klaxons grincèrent à la fois. Découvert ? Combattre, combattre des ennemis qui se défendet, des ennemis éveillés !

La vague de vacarme retomba : quelque embarras de voitures ( il y avait encore des embarras de voitures, là-bas, dans le monde des hommes...)Il se retrouva en face de la tâche molle de la mousseline et du rectangle de lumière, immobiles dans cette nuit où le temps n'existait plus.

Il se répétait que cet homme devait mourir. Bêtement : car il savait qu'il le tuerait. Pris ou non, exécuté ou non, peu importait. Rien n'existait que ce pied,cet homme qu'il devait frapper sans qu'il se défendit, - car, s'il se défendait, il appellerait.

Les paupières battantes, Tchen découvrait en lui, jusqu'à la nausée, non le combattant qu'il attendait, mais un sacrificateur. Et pas seulement aux dieux qu'il avait choisis ; sous son sacrifice à..............

 

morlaixComment on brûle le dur ou l'art de voyager sans billet

Sauf accident, un hobo digne de ce nom, pourvu de jeunesse et d'agilité, arrive à se cramponner à un train en dépit de tous les efforts des employés pour le « jeter au fossé : comme de juste, la nuit constitue un facteur essentiel de réussite. Quand un hobo, en de telles conditions, s'est mis dans la tête de « brûler le dur », s'il échoue, son affaire est bonne. A part le meurtre, il n'existe pour les employés aucun moyen infaillible de le débarquer. A la vérité, c'est un article de foi courant, parmi le peuple vagabond, que les équipes des trains n'en sont pas à un assassinat près. Mais je ne puis l'affirmer, n'en ayant pas fait l'expérience.
Lorsqu'un camarade parvient à se glisser sous les tringles qui se trouvent en dessous du châssis et que le train est en marche, il n'existe aucune possibilité de l'en déloger avant l'arrêt. Tranquille, bien abrité sur son boggie, avec autour de lui, les quatre roues et tout le bâti, il dame le pion à l'équipe du train, du moins il se l'imagine, jusqu'au jour où il tombe sur une « mauvaise ligne ».
On appelle ainsi la ligne sur laquelle un ou plusieurs employés ont été tués par un vagabond peu de temps auparavant. Que le ciel ait en pitié le malheureux qui se fait pendre sur une de ces lignes, car son compte est réglé d'avance, même si le train file à quatre-vingt à l'heure............

morlaixChristophe Colomb, les Indiens et le progrès de l'humanité

Frappés d'étonnement, les Arawaks – femmes et hommes aux corps hâlés et nus- abandonnèrent leurs villages pour se rendre sur le rivage, puis nagèrent jusqu'à cet étrange et imposant navire afin de mieux l'observer. Lorsque finalement Christophe Colomb et son équipage se rendirent à terre, avec leurs épées et leur drôle de parler, les Arawaks s'empressèrent de les accueillir en leur offrant eau, nourriture et présents. Colomb écrit plus tard dans son journal de bord : « Ils … nous ont apporté des perroquets, des pelotes de coton, des lances et bien d'autres choses qu'ils échangeaient contre des perles de verre et des grelots. Ils échangeaient volontiers tout ce qu'ils possédaient...Ils étaient bien charpentés, le corps solide et les traits agréables... Ils ne portent pas d'armes et ne semblent pas les connaître car, comme je leur montrai une épée, ils la saisirent en toute innocence par la lame et se coupèrent. Ils ne connaissent pas l'acier. Leurs lances sont en bambou.... Ils feraient d'excellents domestiques... Avec seulement cinquante hommes, nous pourrions les soumettre tous et leur faire faire tout ce sue nous voulons. ».......

L'information qui intéresse Colomb au premier chef se résume à la question suivante : où est l'or?Il avait en effet persuadé le roi et la reine d'Espagne de financer une expédition vers les terres situées de l'autre coté de l'Atlantique...........

morlaixIl avait pu remplacer presque tout, sauf les enfants, par le travail et par l'existence laborieuse régulière qu'il avait établie sur l'île. Il croyait avoir réussi là quelque chose et que cela le retiendrait. Maintenant quand il avait la nostalgie de Paris, il se souvenait de Paris au lieu d'y aller. Il faisait la même chose pour toute l'Europe et pour une grande partie de l'Asie et de l'Afrique.
Il se rappelait ce que Renoir avait dit quand on lui avait appris que Gauguin était allé peindre à Tahiti « Pourquoi dépense-t-il tant d'argent pour aller peindre si loin quand on peint si bien aux Batignolles ? » C'était meilleur en français , « quand on peint si bien aux Batignolles » et Thomas Hudson considérait l'île comme son quartier et il s'y était installé et connaissait ses voisins et travaillait aussi dur qu'il avait jamais travaillé à Paris lorsque le jeune Tom était un bébé.
Quelques fois il quittait l'île pour aller pêcher au large de Cuba ou pour aller dans les montagnes en automne. Mais il avait loué le ranch qu'il possédait dans le Montana parce que les meilleures saisons là-bas étaient l'été et l'automne et que maintenant les garçons devaient toujours rentrer à l'école en automne....

Au cours de la traversée vers l'est sur l'Ile de France, Thomas Hudson apprit que l'enfer ne ressemble pas nécessairement à ce qu'a décrit Dante ou l'un des grands peintres de l'enfer, mais qu'il pouvait être un bateau confortable, agréable et très apprécié, vous emportant vers un pays dont vous vous êtes toujours approché avec impatience. Il avait plusieurs cercles et ils n'étaient pas formés comme ceux du grand égotiste florentin. En y réfléchissant maintenant, il savait qu'il était monté tôt à bord pour fuir la ville où il avait craint de rencontrer des gens qui lui auraient parlé de ce qui s'était produit . Il pensait que sur le bateau il pourrait parvenir à un accommodement avec sa douleur, ne sachant pas encore qu'il n'y a pas d'accommodement avec la douleur. Elle peut être guérie par la mort et elle peur être émoussée ou anesthésiée par plusieurs choses. Le temps est censé la guérir aussi. Mais si elle est guérie par quoi que ce soit de moindre que la mort, il y a fort à parier qu'il ne s'agit pas d'une vraie douleur.

Une des choses qui l'émousse provisoirement en émoussant tout le reste est de boire et une autre chose qui peut distraire l'esprit est le travail......

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morlaix- Quand nous aurons convenablement organisé votre bureau d'ici, avec une sécurité suffisante, un coffre-fort à combinaison, la radio, un personnel bien dressé, tout le bastringue, alors nous pourrons abandonner ce chiffre rudimentaire, cela va de soi. Mais sauf pour un expert en cryptographie, c'est bougrement difficile à déchiffrer, à moins de connaître le nom du livre et de l'édition.

  • Pourquoi avez-vous choisi Lamb ?

  • C'est le seul livre que j'ai trouvé en double, à part la Case de l'Oncle Tom. J'étais pressé, et il fallait que j'achète quelque chose à la librairie de Kingston avant de partir

Oh ! Il y avait aussi un truc qui s'appelait : la Lampe allumée : manuel de dévotion vespérale, mais je me suis dit que ça se remarquerait, sur vos rayons de bibliothèque, si vous n'êtes pas pratiquant............

Votre numéro code est 59200 tiret 5 ajouta-t-il orgueilleusement. Bien entendu, c'est moi qui suis 59200. Vous classerez vos sous-agents 59200- 5 tiret 1 et ainsi de suite. Vous saisissez..........

 

morlaixUne révolution industrielle américaine

Depuis les Trente Glorieuses de Jean Fourastié, publié en 1979, un découpage historique s'impose : trente années ( 1945-1974) marquées par une croissance forte, le plein emploi et une modernisation des structures économiques, sociales et culturelles du pays, ont été suivies par trois décennies de stagflation puis de chômage de masse que certains auteurs qualifient de « trente piteuses ». Cette chronologie fait, implicitement ou explicitement, du premier choc pétrolier la source de la rupture économique. Pourtant, dès le début de la décennie 1970, le monde entre dans une nouvelle révolution industrielle organisée autour des technologies de l'information. C'est cette révolution qui constitue la toile de fond des quarante ans qui nous séparent désormais du début des années 1970.
Elle s'est accompagnée de transformations du travail et des relations sociales, d'un capitalisme financiarisé et mondialisé, ou d'un néo-libéralisme incarné dans le thatcherisme qui sont autant de jalons utiles pour la lecture des chapitres suivants........

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Mouvements capitalistiques, financiarisation et mondialisation

La désyndicalisation est également liée aux mouvements capitalistes. La libéralisation de grands monopoles ou les fusions acquisitions des entreprises d'un coté, réduisent des bastions syndicaux ou les diluent, et de l'autre, sont facilitées par l'affaiblissement des syndicats en leur sein. Cependant, le mouvement ed privatisation trouve sa source dans des choix idéologiques clairs pour de nombreux pays anglo-saxons, ou des principes de libre concurrence en Europe. Il s'est également imposé par « pragmatisme » dans le contexte économique hérité de la phase de transition technologique.

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1974- 1981 : les politiques déformatrices

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Commentaires

Je vous félicite pour votre recherche. c'est un vrai état d'écriture. Développez

Écrit par : serrurier paris 6 | 21/07/2014

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